vendredi 25 novembre 2016

Un projet pour qui ? Pour quoi ?

Après trois débats dont le seul objectif était de sortir l'agité, les deux survivants du pugilat nous ont enfin dessiné dans un ultime combat le véritable projet de société que nous concocte la droite depuis qu'elle a été renvoyée à ses chères études. Enfin on est en capacité de mesurer la différence qu'il y a entre la droite et la gauche, puisse cette gauche relever de la sociale démocratie.

Au cours de cette dernière soirée sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, François Fillon qui est à l'humour ce qu'un curé est à la joie, m'a particulièrement fait rire lorsqu'il a répondu à une question sur le traitement à infliger aux délinquants mineurs. Il faut enfermer les plus difficiles, dit-il, mais pas dans des prisons traditionnelles parce que ce sont des lieux d'où on ressort soit radicalisé soit plus délinquant encore que lorsqu'on y est entré. Il le sait bien, souligne-t-il encore, il a étudié la chose puisqu'il propose la création de 16 000 places de prison. Soit, si j'ai tout bien compris le discours, une offre de radicalisation et d'apprentissage à la délinquance de haut niveau pour 16 000 personnes supplémentaires. François Fillon est, parait-il, très attaché à la formation, je n'imaginais pas que son goût pour l'apprentissage allait jusque-là.


Lorsque Christiane Taubira dit que la prison est un échec de la réinsertion, qu'il faut que nous usions de tout notre génie, de toute notre imagination pour trouver le juste équilibre entre la sanction et la réinsertion, on l'accuse de laxisme et on la rend responsable d'à peu près toutes les récidives perpétuées sur le territoire.

Le problème de Christiane Taubira est que sa hauteur de vue si juste soit-elle, et elle l'est, dans le constat comme dans la solution, est inaccessible à la grande majorité qui ne raisonne qu'en bien et en mal et pour qui, la seule réponse possible au fait délictueux est une punition aussi dure que vengeresse se limitant à un enfermement stérile.

La droite nous présente un projet de société, un projet qu'elle dit au service de la grandeur retrouvée de la France. Sans doute, mais j'ai du mal à percevoir en quoi il contribue à la grandeur de l'Humanité. J'avais cru naïvement que cela devait aussi faire partie d'un projet présidentiel.




dimanche 20 novembre 2016

Des fondamentaux pour quoi faire ?

Lors du dernier débat des primaires de la droite, l'ensemble des candidats semblaient d'accord sur le fait que l'école faillait à sa mission d'apprentissage des fondamentaux parmi lesquels se situe d'évidence la maîtrise de la langue française.

Malheureusement, le niveau des échanges ne dépassant pas la hauteur d'un gazon pour terrain de tennis, pas un des candidats n'a évoqué en quoi la maîtrise de la langue française est importante. Parce qu'évidemment, selon l'objectif que vous y fixez, c'est toute une déclinaison d'un projet de société qui en découle avec des conséquences sur à peu près tous les registres culturels, économiques et sociaux.

Car ce n'est pas la même chose que de maîtriser une langue pour être un bon employé et maîtriser une langue pour être un citoyen libre, doué d'un esprit critique nourri par sa compréhension du monde grâce à ses lectures, ses écoutes et son ouverture d'esprit. Quelle pédagogie, quel programme scolaire, quelle école à construire pour atteindre des objectifs aussi différents ? Étonnant en même temps qu'aucun de ces candidats, tous chantres de la sécurité, intarissables sur la police, la discipline, la justice, la prison, n'ait évoqué ne serait-ce qu'une seconde combien la maîtrise d'un vocabulaire riche et varié, la maîtrise de la grammaire, la capacité à comprendre la subtilité des mots et des phrases et donc, la capacité à débattre, à échanger, à confronter ses idées étaient autant de pouvoirs qui permettent aux individus de résister à leurs instincts les plus violents. La boite à gifles s'ouvrent toujours lorsque les mots ne suffisent plus et on l'ouvre d'autant plus facilement qu'on dispose de peu de mots pour s'exprimer et pour comprendre.

Si chacun s'accorde à l'idée que nous vivons dans un monde de plus en plus complexe et qu'il n'est possible d'y évoluer que si cette complexité nous est accessible, alors nous pourrons espérer construire une société intelligente et pacifiée. A l'inverse, nous n'aurons que ce qui a déjà commencé, une myriade de micro-communautés, incapables de se parler autrement qu'à coups de slogans, autrement qu'en s'invectivant, se moquant, s'insultant. Aujourd'hui, déjà, les directeurs de campagne sont des publicitaires et on invite des humoristes à conclure des débats politiques en moquant les invités.

Pas certain que le peuple, et donc la démocratie, y gagne beaucoup... et réciproquement.


samedi 12 novembre 2016

Trump ou Néandertal, sans doute une histoire commune.

S'il devait y avoir une cote boursière pour les noms et les qualificatifs, reconnaissons qu'establishment, élite, populisme et bobos seraient en bonne posture pour crever le plafond des valeurs les plus élevées.

Car c'est d'abord la défaite des élites que ne cessent de nous répéter à peu près tous les observateurs des élections américaines et dont se gobergent tous ceux qui se targuent d'être les porte-paroles des sans voix, des sans grade et, je n'ose dire, des sans dents. C'est la défaite de l'establishment, mot chéri et ressassé dès le début des années 80 par un certain Jean-Marie Le Pen, repris depuis, comme pour adouber discrètement ses idées à qui veut bien l'entendre, par toute une ribambelle de démagos qui dénoncent chez le voisin la couleur du costume qu'ils portent eux-mêmes.

C'est la victoire du bon sens populaire, vous diront les mêmes, la victoire de ceux qui souffrent, de ceux qui travaillent et qui subissent, c'est la victoire des sans-voix et des sans grade, de la majorité dite silencieuse, la victoire des petits, la revanche des manuels sur les intellectuels, la victoire des pauvres et des laissés pour compte de la mondialisation qu'on n'écoute jamais.

Dans la vision manichéenne qui est la nôtre et qui confine au simplisme notre vision du monde, la société se sépare en deux. Potentiellement, on veut bien aller jusqu'à trois mais au-delà, ça devient trop compliqué, trop fatiguant. Et dans une société qui justifie ses jugements davantage par des slogans que par des analyses, il ne faut pas trop en demander. Il y a donc deux catégories d'individus qui se côtoient sur la planète. Il y a les bons et les méchants, les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les cultivés et les abandonnés d'une école qui n'a pas rempli sa mission, les coupables et les victimes, les riches et les pauvres, les intellectuels et les manuels, les gagnants et les perdants, les méchants agriculteurs qui polluent les nappes phréatiques avec des produits chimiques et les gentils paysans qui utilisent des pesticides naturels puisque c'est bien connu, un produit naturel n'est pas chimique. Les intoxiqués à l'amiante apprécieront. Il y a ceux qui relèvent tout un ensemble de données avec des outils extrêmement sophistiqués et qui les modélisent avec de puissants ordinateurs pour nous dire la météo du lendemain et des jours qui viennent et ceux qui pensent que "s'il fait grand froid à Saint Pierre Damien, l'hiver reprend sinon s'éteint". Il y a ceux qui étudient, lisent, voyagent pour découvrir, comprendre le monde qui les entoure et tenter d'y trouver un chemin, une voie d'évolution harmonieuse et apaisée et il y a ceux pour qui le quartier et Cyril Hanouna sont des horizons bien suffisants, qu'il n'est pas nécessaire de s'occuper des autres quartiers et si chacun faisait pareil et bien il n'y aurait pas de souci et les moutons seraient bien gardés. Il y a ceux qui pensent et il y a les instinctifs. Il y a ceux qui établissent des règles de vie par le raisonnement et ceux qui croient qu'un être céleste a déjà tout dit sur ce qu'il fallait faire. Il y a les généreux et les mesquins. Il y a la complexité des choses et du monde et le simplisme de la conversation de bistrot. Il y a la difficulté de s'adapter à une planète de plus en plus petite, de plus en plus interconnectée au point qu'aucune région du monde n'est épargnée par la souffrance d'une seule des autres parties et il y a la facilité de ceux qui traduisent à leur convenance les singes de la sagesse en pensant que ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire suffit pour être heureux. Il y a ceux qui se cultivent et ceux qui se distraient, il y a ceux qui disent des gros mots et il y a les vulgaires. Et pour finir et faire un clin d’œil aux amateurs bien que la liste ne soit pas exhaustive "il y a ceux qui tiennent le pistolet et ceux qui creusent" mais là n'est pas notre propos.

En somme, il y a ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité est commun à tous ou ne sera pour personne. Que ce ne sera pas facile et forcément fait de soubresauts, de confrontations, de chaos interculturels, éducatifs, religieux, philosophiques, politiques mais que c'est le seul rêve possible à traduire en réalité. Et ceux qui prônent la facilité de l'égoïsme, de l'individualisme et de l'ignorance. Il y a ceux qui harmonisent les différences et ceux qui pensent préférable de n'en privilégier qu'une en détruisant les autres. A n'en pas douter, ce sont ces derniers qui ont gagné outre-atlantique et qui fleurissent un peu partout en Europe et singulièrement en France.

Je ne sais pas ce qu'est le bon sens populaire ni qui sont les élites. Je sais juste qu'il y a des êtres qui pensent que l'avenir se construit dans la fraternité et d'autres dans le rejet, la séparation voire l'élimination. Il y a environ 35 à 40 000 ans, il y avait en Europe deux catégories de gens. Des néandertaliens autochtones et des sapiens nouvellement arrivés. D'aucuns ont pensé durant des décennies que les seconds ont pratiqué un génocide au point d'éliminer totalement les premiers. Les derniers travaux de paléoanthropologie  tendent à démontrer au contraire que l'homme moderne serait le fruit d'un métissage entre les deux espèces. L'hypothèse faite à partir des analyses ADN des chromosomes Y montre que l'accouplement d'un néandertalien avec une sapiens ne pouvait être fertile du fait de l'incompatibilité de certains de ses gènes. Incompatibilité qui n'aurait pas lieu d'être dans la cas inverse d'un accouplement entre un sapiens avec une néandertalienne. De fait, la disparition de Néandertal se serait étalée sur 5 000 ans mais serait le résultat de l'amour et non de la guerre.

Il me plait d'imaginer que l'humanité harmonieuse de demain se construira de la même façon, par le métissage de l'intelligence avec la bêtise, de la fraternité avec l'ostracisme, de la bienveillance avec l'intolérance, la stérilité des seconds les ferait disparaître progressivement. Espérons juste ne pas attendre 5 000 ans.

vendredi 7 octobre 2016

Le cœur et la raison

Sans doute s'était-elle fixée tel un zygote dans quelques contrées propices à son développement. Sans doute avait-elle dépassé le stade embryonnaire et peut-être même peut-on estimer que son organogenèse était en passe de s'achever. Force est de constater toutefois que la grossesse de la République n'aura pas atteint son terme et que, faute de soins, elle aura avorté d'une démocratie définitivement inhumée dans la fosse des utopies bafouées.

Faute de soins parce que la démocratie est exigeante, d'une exigence que notre flemme n'aura pas su satisfaire. La démocratie n'est pas seulement une affaire d'institutions qu'on adapterait comme une norme ISO X mille dans une version point six de la République. Changer les institutions ne sert à rien si l'on ne change pas d'abord les mentalités. Ce n'est pas le feu tricolore qui sécurise le carrefour. Il n'est qu'un outil qui n'a d'utilité que si l'on s'en sert, c'est-à-dire si l'on s'arrête quand il est rouge (et même dès qu'il est orange). Dans le cas contraire, l'accident est souvent plus effroyable qu'en l'absence de signalisation. Rien n'est possible, rien ne peut se faire sans l'intelligence, la participation, l'implication de tous.

Avec le cancer du consumérisme prôné par les chantres de la croissance à tout crin, on consomme du service public comme on fait ses courses dans un drive de supermarché. Le verbe politique n'est plus qu'un discours, un slogan adressé à des consommateurs manipulés, une vindicte à l'attention de frustrés revanchards dont on exploite la rancœur sans vergogne. Sous le prétexte d'un égalitarisme effréné, on fait du discours de masse comme on fait du produit de masse, abandonnant la qualité au profit de la quantité. La médiocrité est érigée en standard accessible au plus grand nombre. A la sensibilité subtile et nourricière, on a préféré la sensiblerie, façon série Z  américaine des après-midis télévisés, avec son simplisme et son cortège d'ours en peluche, d'épitaphes et de citations dégoulinantes de mièvrerie déposés entre deux bougies chauffe-plat au pied d'un mausolée improvisé sur le théâtre de l'horreur. Le pathos, l'émotion jouée devant la caméra par l'éternel visage enfoui dans le cou de la meilleure copine, la jouissance onanique ressentie dans l'exhibitionnisme de sa propre souffrance supplantent désormais la moindre analyse objective et factuelle. Pis que cela, celle-ci est réfutée et traitée en sacrilège lorsqu'elle met à mal la vulgarité émotionnelle ambiante. Une espèce de syndrome "Térésa" qui nous interdit de nous interroger, en dehors des circuits confidentiels, sur les pratiques de la congrégation des Missionnaires de la Charité dès lors que sa fondatrice à été canonisée.

On ne voit bien qu'avec le cœur disait le Petit Principe. Certes, mais il précisait que c'était parce que l'essentiel était invisible à nos yeux. Le cerveau  restait le siège de la raison. Beaucoup ont à gagner en nourrissant l'instinct des cœurs plutôt que l'intelligence des cerveaux.



lundi 12 septembre 2016

L'âme perdue

L'été fut chaud, si chaud qu'on habilla les baigneuses de peur qu'elles ne se brûlent au regard des hommes.

Tout a été dit dans le concert d'absurdités qui s'ensuivit. Jusqu'aux catholiques qui profitèrent des fêtes de l'Assomption pour couvrir du pardon de leur joue gauche l'intolérance tatouée sur leur joue droite. Oubliés les défilés contre le mariage des homosexuels, les résurgences des commandos contre l'avortement, les insultes et les bananes adressées à Christiane Taubira par des enfants de la manif pour tous. Le traditionaliste chrétien pardonne volontiers lorsque les victimes ne sont que collatérales à la promotion de valeurs, finalement, pas beaucoup éloignées des siennes.

Riss, dans un sublime éditorial, dénonce cette gauche, soi-disant anticléricale, aussi prompte jadis à pourfendre le moindre porteur de soutane qu'elle est complaisante aujourd'hui envers les réactionnaires musulmans. Il renvoie subtilement dos à dos les porteuses de burkini et les adeptes de la manif pour tous dans leur même considération de la place de la femme dans la société. Peu après, dans Marianne, Jacques Julliard à son tour convoque Molière pour dénoncer la tyrannie des Tartufe. Interrogé par Augustin Trapenard sur France Inter, à propos de ce qui a changé entre 1989 et aujourd'hui, Salman Rushdie répond : "A l'époque des attaques contre les versets sataniques, les critiques qui étaient portées contre moi en occident venaient en général de la droite. Aujourd'hui, ce type de critiques vient de la gauche... des gens qui veulent faire des compromis avec l'Islam. Et ça ne vient pas de la droite, c'est de la gauche. Je crois que c'est vrai partout en occident et c'est vraiment une grosse déception."

Accepter sa souffrance terrestre, l'aimer, la cultiver au point d'en faire la clef d'accès au paradis. Les puissants, qui achètent la leur à grands coups de dons déductibles des impôts, aiment ces religions qui promettent aux pauvres des lendemains meilleurs. Nantis de cet axiome et avec la complicité de prélats qui ont davantage bâti leur puissance sur les marches du pouvoir que dans les alcôves de la pensée, ils ont compris que la croyance était le terreau magique de leur pouvoir et qu'il suffisait d'évoquer l’impénétrabilité des voies du Seigneur pour faire définitivement taire les voix discordantes. Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'un siècle des lumières vienne perturber ce petit ronron d'exploitation. Dès lors, depuis que les défenseurs du roi et de la religion, suivis des conservateurs de tous poils, ont occupé les places à la droite du président de l'assemblée constituante, places que leurs héritiers de l'UMP et du Front national occupent encore de nos jours, des voix porteuses de liberté, d'égalité et de fraternité se sont fait entendre de plus en plus bruyamment. Au fil des siècles, ces voix qui ont fait la gauche ont conduit à force de combats et de ténacité, à donner aux lois immanentes leur suprématie sur les préceptes divins. Une nouvelle morale était née, républicaine et laïque, construite sur le raisonnement, le débat, la démocratie.

Que reste-t-il de cette gauche qui, au nom d'un pseudo néoréalisme, ne parait plus aujourd'hui que passer de compromis en compromissions avec d'un côté les réactionnaires enturbannés et de l'autre les tenants d'une finance qui érige la cupidité en valeur et qui prône que le fruit du travail des uns ne peut dépendre que de la spéculation des autres ?

On dit que peu avant de mourir, le corps bénéficie d'un court regain de conscience et d'énergie comme une recouvrance soudaine de la santé. Je me demande si 1968 n'était pas, finalement, cette petite fenêtre de réveil en préalable à l'agonie d'une gauche qui semble avoir définitivement perdu son âme.

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dimanche 7 août 2016

Ami entends-tu ? ... Même pas peur !

C'était écrit. Les terroristes ont gagné. Braderie de Lille, Championnat d'Europe de cyclisme sur route à Nice, piétonnisation des Champs-Elysées à Paris, festivals de cinéma un peu partout, concerts en plein air, feux d'artifice de La Baule et d’ailleurs... la liste des annulations est longue et ne saurait malheureusement être exhaustive.

Non seulement la fameuse unité nationale n'aura pas duré longtemps (mais qui avait la naïveté d'y croire en dehors de ceux qui ne connaissent pas les Français ?) mais voilà belle lurette qu’ont disparu les "même pas peur !" affichés çà et là et à toutes les sauces de la place de la République jusque sur les banderoles exposées devant les caméras par de fiers manifestants d’autant plus prêts à en découdre qu’ils étaient loin des lieux d’attentats pour sauver... sauver quoi au fait ? La question mérite d'être posée. L’assassinat du père Hamel a montré que désormais plus personne n’était à l’abri le danger pouvant survenir à tout instant dans les lieux les plus reculés et les plus improbables. La peur a rapidement pris le pas sur les aboiements arrogants des résistants de pacotille. 

Tout le monde s’accorde à dire que nous sommes en guerre. Or, dans une guerre il y a des batailles et des embuscades. Il y a des morts et des blessés, des drames, des horreurs, des voisins, des amis, des copains, des fils, des filles, des parents, des enfants, des jeunes, des vieux, des combattants, des coupables et des innocents qui meurent, qui souffrent, qui finissent morts ou estropiés, paralysés, défigurés. La paix revenue, il y aura, comme toujours, des héros silencieux et des traîtres, des lâches, des planqués qui se dresseront en témoins des horreurs sous des regards néo-modernes et néo-blasés qui, après deux émissions de télé, jetteront ces histoires dans la malle à souvenirs abandonnée dans le grenier de la mémoire collective… jusqu’à la prochaine fois.

Ce qu'il n'y a jamais dans une guerre, c'est l'absence de combats, l'absence de victimes civiles et innocentes, l'absence de dégâts collatéraux, l'absence de saletés en tous genres. Non la guerre propre n’existe pas. La guerre propre limitée aux seuls professionnels est une invention de notre petite société confortable, protégée, aseptisée qui ne voit le monde que dans un cadre électronique où toute cible est atteinte avec une précision chirurgicale, où se côtoient les 100 % de réussite et les 0 % de risque et d’erreur. C’est l’invention d’un monde qui se voit sauvé par le président des Etats-Unis à la tête de son escadre plongeant au cœur du vaisseau extra-terrestre venu détruire notre bonne vieille planète. Nous avons oublié que la réalité était tout autre. Durant des siècles, l’humanité s’est construite avec la mort pour partenaire. Avec notre société moderne, sans doute parce que nous l’avons éloignée de quelques décennies, nous avons cru pouvoir vivre en l’ignorant. Nous savons que nous allons tous mourir mais nous vivons comme si nous étions éternels. Ainsi, la mort nous surprend-elle violemment chaque fois qu’elle survient tant nous ne sommes plus préparés ni à la côtoyer ni à l’affronter. Pour paraphraser Tocqueville lorsqu’il évoquait les inégalités : "plus l’insécurité se réduit, plus on se rapproche de la sécurité et plus les insécurités qui subsistent sont insupportables aux hommes. Moins il y a d’insécurité et plus les conflits sont nombreux."

Raison pour laquelle les annulations des événements qui se succèdent ne sont pas le fruit de la seule crainte de nouvelles victimes. Personne n’aurait aujourd’hui l’outrecuidance de garantir une sécurité parfaite. Non les annulations sont tout simplement le fruit de l’odieuse exploitation qui a été faite de l’attentat de Nice à des fins de purs intérêts politiciens jetant aux fauves de l’arène médiatique des responsables politiques livrés à la vindicte d’une populace dressée, le pouce tourné vers le sol, toujours assoiffée du sang de ses élites ou de ses élus dès lors que l’occasion d’en boire lui en est donnée. Qui, à quelques mois d’élections cruciales comme les présidentielles et les législatives du printemps prochain, est prêt à prendre le risque de subir une telle épreuve ? Personne évidemment. L’abominable multiplication des sondages sur la confiance que les Français accordent à leurs gouvernants pour les protéger est à cet égard significative.

Quand oserons-nous dire que cette guerre n’est pas comme les autres parce qu’elle n’est pas l’affrontement de deux armées aux uniformes distincts permettant de reconnaître l’ennemi ? Quand oserons-nous dire que ledit ennemi est à la fois partout et nulle part, qu’il peut être l’inconnu, le voisin, l’ami, parfois le frère peut-être le compagnon de voyage ? Quand oserons-nous dire que cette guerre se fait sans bataille avec des armes improbables et dans des lieux impossibles parce que le nombre de victimes compte moins que la façon dont on les tue ? 

Quand oserons-nous dire que le simple fait de sortir de chez soi fait de chacun d’entre nous un combattant ? Quand oserons-nous dire que le peuple debout, le peuple combattant, le peuple responsable de son destin revendiquant sa liberté héritée des Lumières c’est le peuple qui, « même pas peur » à la boutonnière, s’assoit aux terrasses, assiste aux spectacles, va au cinéma et dans les stades assumant en toute conscience les risques auxquels il s’expose ?

Les Compagnons de la Libération de demain seront ceux-là et non pas les petits comptables mesquins du marché noir de la politique politicienne ou les aboyeurs cachés au fond de leur cave médiatique.

lundi 18 juillet 2016

A propos des amalgames !


Je voulais vous offrir durant cet été une nouvelle série humoristique. Après les aventures du flaperon du MH370 de 2015, les grands vocabulaires du net auraient eu les honneurs de 2016 dont l'expression "faire polémique" a ouvert le bal. Mais l'actualité, aussi honteuse que douloureuse, m'en a ôté l'envie. Et les quelques réflexions entendues m'ont inspiré cette petite remarque que je vous livre humblement.

Puisqu'on en est à dénoncer les amalgames de tous poils, fruits en général d'une inculture abyssale, je voudrais rappeler à la population en générale et aux humoristes en particulier que "Rom" n'est en aucun cas un diminutif de Roumain, que tout Rom n'est pas forcément Roumain et surtout que les Roumains ne sont absolument pas des Roms. 

Que la minorité Rom soit particulièrement importante dans les Balkans, dont singulièrement en Roumanie et en Bulgarie, ne justifie pas les sketchs abominablement racistes qui fleurissent sur les ondes à l'image d'autres qui pullulaient jadis dans les cabarets parisiens sous l'air hilare de la collaboration. Non les roumains ne volent pas les montres, ne lavent pas vos pare-brises aux carrefours, ne font pas la mendicité, ne volent pas le cuivre des éclairages publics. Les Roumains sont un peuple digne à la culture éblouissante, qui a donné à la France Brancusi, Enesco, Ionesco, Cioran pour les plus connus, amoureux de la France et de la culture française depuis plus d'un siècle et qui, malgré la dictature, a continué à apprendre et parler le Français. Combien de fois ai-je été impressionné d'entendre à Cluj, Bucarest, Iasi, Timisoara, Brasov, etc. des jeunes, moins jeunes et gens ordinaires réciter de mémoire nos plus grands poètes. Nombre de personnalités ont leurs origines au cœur de cette cousine oubliée des Carpates, des bords de la mer Noire et du Danube. Me revient en mémoire ce ministre de Giscard à qui nous devons la première campagne de valorisation du travail manuel, Lionel Stoleru. Eh oui, déjà à l'époque, les études professionnelles ne faisaient pas recettes. 

La déception de ne pas retrouver la France que le souvenir du second empire leur avait laissé, la France ouverte, la France cultivée, la France artistique, philosophique, politique, la France des universités que tant de leurs aînés avaient fréquenté, a définitivement tourné les Roumains vers d'autres horizons. Dacia, racheté par Renault, restera le seul héritage de ces retrouvailles ratées, le parfait symbole de la seule valeur que nous savons aujourd'hui partager avec les peuples du monde... les affaires et l'argent. Les Roumains eux espéraient autre chose... 

Quant aux Roms, la méconnaissance de ce peuple fragmenté et complexe couvrant les Manouches, les Romanichels, les Gitans, les Tziganes, les Bohémiens, etc. , tous ne s'acceptant pas pareillement, tous issus de l'Inde formant des groupes qui ont construit leur histoire et leur culture spécifique au fil des siècles et des pays traversés, les réduit bassement aux exactions qu'une partie minoritaire, même si elle est significative, entache de sa médiocrité. 

Le monde est complexe, le comprendre demande énergie, bienveillance (que je préfère à tolérance) et beaucoup, beaucoup de travail. Oui c'est épuisant, mais c'est le prix de la paix. Notre modernité nous confine à une fainéantise intellectuelle que les raisonnements simplistes de ces derniers jours nourrissent et valorisent. Non, définitivement non, les a priori ne constitueront jamais l'once d'un raisonnement. Tout juste relèvent-ils de croyances avec leurs excès et leurs intolérances. On appelle cela des religions, elles n'ont pas forcément besoin d'un Dieu... La boucle est bouclée.