jeudi 29 décembre 2016

Conte de Noël... laïque !

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

L'époque était heureuse, sans doute plus par insouciance que par une réelle plénitude du monde. Déjà, la baie des cochons avait convaincu qu'une troisième guerre mondiale, nucléaire cette fois, était inéluctable. La guerre du Vietnam battait son plein et les magazines chassaient les prix Pulitzer à coups de clichés d'enfants napalmés. Une guerre dont la seule héroïne était injectée dans les veines de guerriers névrosés. Dans le même temps, de petits Biafrais faméliques, au regard grignoté par des nuées de mouches insatiables, au ventre si rond que mon innocence juvénile ne comprenait pas qu'il témoignait de malnutrition, allaient donner naissance à la première organisation de French Doctor dont un fondateur serait moqué, quelques années plus tard, chargé d'un sac de riz sur une plage somalienne, par des observateurs de salon qui pleurent la souffrance, encore aujourd'hui, entre Touche pas à mon poste et Les Guignols de l'Info. Plus au nord, dans un orient qu'on dit moyen, il ne faudra que six jours pour qu'un pays de quelque 3 millions d'habitants redessine ses frontières dans une région du monde qui n'aura de cesse, dès lors, de privilégier le meurtre des gens de paix. Pendant ce temps, dans les régions d'opulence, une jeunesse, soudainement indocile, brisait ses chaines à coups de cocktails Molotov et de pavés avant de revendiquer l'amour à l'ombre des bergeries ardéchoises... dans l'attente de reprendre l'entreprise et les cravates de papa. A l'est, au nom de la démocratie populaire, des chars étouffent la liberté populaire...

Non, si l'époque était heureuse, la planète ne l'était pas et n'avait rien à envier aux horreurs d'aujourd'hui. Omrane s'appelait Kim Phuc. Comme lui, elle a enrichi les salles de rédaction et embué les yeux dans les salons-télé. Comme pour lui, l'exposition de sa nudité marbrée de chair calcinée n'aura rien fait d'autre que scandaliser les foules avec une violence d'autant plus grande qu'elles en savaient l'impuissance. Quand la bonne conscience se mesure au poids de ses indignations, nombreux sont les irresponsables qui pensent être des acteurs éclairés du monde. L'égoïsme consommateur des trente glorieuses ne laissant que peu de place à l'angoisse, très vite, les cauchemars se brouillent en souvenirs, les criminels se muent en héros de roman et, portés au cinéma sur fond de chevauchée des Walkyries, les génocides font (re)découvrir le génie des œuvres wagnériennes. C'est pour cela qu'avant est toujours mieux qu'aujourd'hui. Le temps magnifie les cauchemars.

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

Chaque dimanche, je me rendais à la messe où je priais avec ferveur au pied de la Vierge à l'Enfant qui me faisait face dans la petite aile droite de l'église. Bien des années auparavant, j'avais perdu avec le père Noël mon premier maître de conscience. Avec Jésus, j'avais trouvé mon premier modèle de conscience. La différence était de taille. Etre sage était obéir au premier tandis que la sagesse se trouvait dans l'imitation du second. On me disait que par la prière on pouvait changer le monde. Que Dieu pouvait intervenir pour aider les Hommes et pour les sauver du mal. Que n'intervenait-il devant tant de malheurs que, malgré la protection de mes parents, des bribes et des images parvenaient jusqu'à moi. A mes questions qu'aucune réponse ne savait satisfaire il était dit : "les voies du Seigneur sont impénétrables"

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

Un soir, dans la sécurité de mon lit d'enfant, pour la toute première fois, je pensais, sans culpabilité aucune, que Dieu, peut-être, n'existait pas. Mais alors que devenaient morale, bienfaits, générosité et toutes ces qualités que seul un saint (ou Kachouri) peut cumuler ? Il me parvint alors que la valeur de ces qualités se suffit en elle-même et qu'il appartient aux Hommes ni d'obéir ni d'imiter mais seulement d'inventer. Quel beau projet que d'inventer et créer notre Humanité ! Et puis, si jamais Dieu existait, ne serait-il pas plus fier encore de ces Hommes qui auront su trouver par eux-mêmes le chemin qui les conduit jusqu'à lui ?

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage le jour où j'ai quitté mon enfance.




mercredi 28 décembre 2016

Quand Saint Abdelhak croise Saint Axe

Qui n'a pas rencontré celui ou celle qui, à la question : "quel est votre plus grand défaut ?", répond "Moi, je crois que mon plus grand défaut c'est la générosité, l'empathie, le souci de l'autre. Que voulez-vous ? Je sais bien qu'il faudrait que je pense un peu plus à moi, que je sois un peu égoïste. C'est vrai, je sais bien qu'on ne peut pas porter toute la misère du monde et que c'est extrêmement pénible pour l'entourage que d'avoir à supporter quelqu'un qui n'a de cesse de se consacrer au autres, que de s'inquiéter pour les autres. Mais c'est comme ça, je n'arrive pas à me contrôler. Moi, il faut que je donne que je donne que je donne". Ainsi donc, en qualifiant de défaut ce qui est une qualité aux yeux des autres, devient-il possible d'ajouter encore à ladite qualité cette noblesse d'âme qui a conscience de l'abîme qui la sépare du commun des mortels. Avec l'humour qui le caractérisait et qui lui faisait écrire ses réflexions sur de petits bouts de papier qu'il pliait ensuite pour les jeter dans le coffre de son piano droit, Erik Satie avait su magnifier cet état d'esprit en disant : "Moi, pour la modestie, je ne crains personne".

Notre Kachou local est comme ça. Ses défauts sont ses qualités et pour la modestie, il ne craint personne. Usant du stratagème, il a cette capacité rare de ne parler que de lui lorsqu'il parle de vous. En cela, sa dernière publication est un véritable florilège ; jugez plutôt. 

Extrait (cette fois je ne vais pas vous infliger l'entièreté du propos. En cette période de fêtes où le foie et l'estomac sont soumis à rudes épreuves, cela ne pourrait se faire qu'une boite de Vogalène à proximité immédiate et tout le monde n'en dispose pas). 

Dès les premiers mots, l'auteur donne l'intention qu'il souhaite donner à son oeuvre qu'il intitule "Belles fêtes !" : "À la veille des fêtes de fin d'année, je veux par ces quelques mots vous dire à quel point, la vie est unique.". La ponctuation est conforme à l'original et relève de la liberté que l'écrivain accorde à sa rédaction. Nous verrons qu'il use également de cette liberté dans l'approche orthographique et grammaticale de sa création ; ce qui amplifie de façon magistrale le mystère du propos.

Après une introduction romanesque au cours de laquelle sont évoqués les douloureux événements de l'année 2016 avec un style qui n'est pas sans rappeler les émouvants romans de la collection Harlequin ou la poésie de Nabilla, le héros de novembre 2015 souhaite à ses lecteurs que 2017 soit meilleur en posant les principes qui font de lui un sacré boute-en-train à savoir joie, espoir, bonnes ondes et surtout amour à n'en plus finir.   

Dès lors, et jusqu'à la fin de son oeuvre, l'auteur n'aura de cesse d'exprimer les multiples qualités qui sont les siennes et qu'il mettra au service de la population contribuant ainsi à faire de 2017 une année particulièrement réussie pour chacun d'entre-nous. Ainsi donc, je cite : 

Pour moi, en 2017, je continuerai sans relâche à aimer la vie, à aimer les gens, à défendre les plus fragiles, à sourire, à aider tant que je peux, à être généreux, à être à l'écoute, à croire en chacune et en chacun, et ce, sans exclusive.

En 2017, je continuerai à croquer la vie à pleines dents.
En 2017, je resterai profondément engagé au service de notre belle République. Plus qu'un objectif, un serment indéfectible tant j'aime mon pays
En fin de propos, "Consoleur de la nuit", comme on l'appelle désormais dans les commissariats depuis le drame du 13 novembre 2015, adresse "Un clin d’œil particulier aux habitant-e-s de ma ville, Neuilly-sur-Marne, aux responsables associatifs, aux fonctionnaires municipaux et à l’ensemble des services qui assurent notre sécurité.". On retrouve là, la signature tout à fait personnelle de "l'Ange de la Belle Equipe", comme on l'appelle désormais dans les bars parisiens, qui refait surface à l'approche de chaque élection. Malheureusement, il semble qu'après il soit pris d'une furieuse crise d'amnésie qui veut qu'il oublie que même quand on ne fait pas partie de la majorité, on se doit de participer à l'activité politique pour laquelle on a été élu. 

En conclusion et dans un paroxysme qui frise la macronite aiguë un soir de meeting, le Cyril Hanouna de la politique lance un vibrant : "Surtout, n'oublions jamais que nous n'avons qu'une vie !".

Au-delà d'une profondeur abyssale du propos que chacun aura pu apprécier, notons au passage ces libertés qui ne sont pas sans évoquer les belles heures de rédaction en cours préparatoire de l'école communale. Quelques exemples (la liste n'est pas exhaustive) qui démontrent l'amour indéfectible de l'auteur pour la langue française : 

"2016 fut particulière. Elle aura été une année dans laquelle nos larmes ont trop souvent coulées"

un peu plus loin...

"Trop d'âmes envolées au nom d'une pseudo idéologie. Elle fut aussi l'occasion de se rassembler, certes, dans la douleur, mais elle nous aura permis de se rappeler que nous pouvons ensemble vivre côte à côte dans le respect de nos différences et dans ce qui composent notre socle commun : les valeurs de la République..."

A l'heure où les médailles du mérite et autres légions d'honneur se distribuent au moindre peigne-cul qui aura su mettre sa langue au bon endroit et où le pape François semble distribuer de l'auréole comme on donnait naguère des bons points aux enfants réputés sages, je propose un Goncourt spécial pour l'ensemble de l'oeuvre de Saint Abdelhak. 

Il parait que notre société souffre de la médiocrité de ses élites, qu'on se rassure, nous avons trouvé-là l'élite de la médiocrité.


dimanche 18 décembre 2016

Kachou ou le héros du 13 novembre 2015


Allez, ça faisait longtemps que je n'avais pas fait la promo de notre comique local. 


Chacun aura pu voir fleurir sur les murs de notre ville la trombinette de Super Kachou qui, je vous le rappelle, nous narrait encore il y a peu sur son blog comment le 13 novembre 2015, après avoir reçu des dizaines et des dizaines d’appels sur son portable, il se rend au Bataclan au mépris du danger, et console un policier éploré dans ses bras attendris. Là, il comprend qu’il s’agit de multiples attaques simultanées. Alors Mesdames et Messieurs, il fait cette chose que seul un héros peut envisager de faire dans pareilles circonstances. Il tente de prendre un café dans un bar. Oui ! Ah, ah !!! Vous n’y auriez pas pensé à celle-là bande de gens ordinaires. Et là, du coup, le café lui est gracieusement offert par un serveur en larmes que Super Kachou console. Parce que oui, il va falloir du courage alors c’est pas le moment de chialer. D’autant que les appels ne cessent sur son portable et que ça tombe comme des mouches et que même un de ses amis est grièvement blessé au Stade de France mais qu’il va bien et que Super Kachou ira voir à l’hôpital de Cergy dans la nuit mais avant une autre amie est avec un autre ami paniqué (en un mot) Porte Saint Martin et que n’écoutant une fois encore que son courage et sa compassion (toujours en un mot), et ben Super Kachou, les raccompagne dans le 15ème arrondissement. Parce qu’il est comme ça Super Kachou, omnipotent, partout à la fois, sauvant, consolant, tiens j’en pleure rien qu’à l’écrire… et même qu’après il est parti méditer dans son bureau, mais avant il est retourné au Bataclan des fois qu’il y ait encore un policier à consoler puis à La Belle Equipe, des fois qu’il y ait encore un café à se faire of… euh, un serveur à sécher les larmes. Putain, quelle nuit il a vécu ! 

Aujourd’hui notre héros affiche ses bonnes joues rebondies pour nous inviter à voter et donc à nous inscrire sur les listes électorales. Usant d'un vocabulaire peu maîtrisé, au lieu d’écrire « pour ce faire » il écrit « pour SE faire ». Sans doute est-ce un lapsus invitant à finir nous-même la locution par l'infinitif "mettre", "enfler" ou "avoir". C'est au choix, tant Super Kachou est passé maître dans l’art de l'escroquerie politique.

vendredi 9 décembre 2016

La nourriture du peuple !

Il ne sera pas candidat à sa propre succession. Sur le plateau de France 2, les mines défaites et le flottement des premiers instants après la déclaration du président montrent à quel point, une fois encore, les observateurs soi-disant éclairés de l'actualité se sont mis le doigt dans l’œil jusqu'à une partie de leur anatomie par laquelle ils nous imposent habituellement leurs idées.

Oh, cela n'aura pas duré très longtemps. Très vite, le playmobil et sa ménagère, qui oublie toujours de se recoiffer après avoir fait le ménage derrière le comptoir du bistrot, ont retrouvé vigueur dans leurs commentaires. Sans doute qualifiera-t-on la comparaison avec la ménagère quelque peu sexiste mais je n'ai pas d'autre image en tête lorsque je vois Nathalie Saint-Cricq, le cheveu hirsute et l’œil en coin posé sur son prompteur, lire sur un ton faussement naturel mêlé d'une indéfectible ironie une réponse à une question, lue sur le même prompteur, par un Pujadas faussement spontané. L'analogie avec une concierge livrant sous la serpillière ses commérages sur le locataire du troisième serait probablement plus proche de la réalité mais est-ce plus raisonnable de se mettre à dos une profession sacrifiée sur l'autel de la rentabilité et qui nous manque si cruellement dans nos quartiers dépersonnalisés ? Bref, après nous avoir décrit durant des semaines les scénarios des prochains mois consécutifs à une candidature qui ne faisait plus de doute, à l'évidence des petites phrases prononcées çà et là, par le président lui-même, les ministres, son entourage et, bien sûr, l'incontournable "proche du président avec qui j'étais encore il y a quelques instants et qui veut rester anonyme", les voilà prêts à nous décrypter tous ces petits indices qui montraient bien que la décision de ne pas se présenter était prise depuis quelques temps.

Certes, nous nous étions bien habitués, au soir des élections, à la désormais célèbre petite phrase : "Il est 20 heures, voici les résultats de ce premier tour avec quelques surprises de taille il faut bien le dire, n'est-ce pas Brice ?..." mais là, reconnaissons qu'après le Brexit outre-Manche, Donald Trump aux Etats-Unis, le score de François Fillon aux primaires de la droite et maintenant la non-candidature de François Hollande, il ne s'agit plus de surprise mais de plantage absolu. Une fois encore, nos observateurs nous ont démontré à quel point le glissement qu'ils ont opéré pour s'exposer au luxe des projecteurs d'un show-business dans lequel ils se vautrent désormais dans leurs nouveaux habits people, les aura conduit à se limiter à l'entretien d'une fainéantise intellectuelle généralisée faite de petites phrases, de petits riens et plus globalement d'une superficialité confondante. Ils atteignent des analyses et des conclusions d'un simplisme si affligeant et, disons-le, d'une imbécillité si patente qu'ils s'obligent aujourd'hui à les conforter à grands renforts "d'humoristes" en tous genres qui viennent ponctuer ou conclure leurs espaces d'information. Si bien que c'est en toute confusion de sources et de qualité, (Closer autant que le Monde Diplomatique, Cyril Hanouna autant que Caroline Fourest, etc.) que le lecteur, l'auditeur ou le téléspectateur, c'est-à-dire l'électeur, se forgera son opinion.

Jamais la société n'a bénéficié d'autant de lieux et de moyens d'apprentissage, de connaissance, de communication, d'information, de partage et même de voyage. Il me vient parfois de convoquer Platon, Epicure, Sophocle, Aristote, Diogène et Marc Aurèle, mais aussi Voltaire, Montesquieu, Diderot, Rousseau et même l'abbé Meslier et Sartre, et Proudhon, et Nietzsche et tant d'autres...

...et je m'interroge sur la définition du mot "progrès".






vendredi 25 novembre 2016

Un projet pour qui ? Pour quoi ?

Après trois débats dont le seul objectif était de sortir l'agité, les deux survivants du pugilat nous ont enfin dessiné dans un ultime combat le véritable projet de société que nous concocte la droite depuis qu'elle a été renvoyée à ses chères études. Enfin on est en capacité de mesurer la différence qu'il y a entre la droite et la gauche, puisse cette gauche relever de la sociale démocratie.

Au cours de cette dernière soirée sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, François Fillon qui est à l'humour ce qu'un curé est à la joie, m'a particulièrement fait rire lorsqu'il a répondu à une question sur le traitement à infliger aux délinquants mineurs. Il faut enfermer les plus difficiles, dit-il, mais pas dans des prisons traditionnelles parce que ce sont des lieux d'où on ressort soit radicalisé soit plus délinquant encore que lorsqu'on y est entré. Il le sait bien, souligne-t-il encore, il a étudié la chose puisqu'il propose la création de 16 000 places de prison. Soit, si j'ai tout bien compris le discours, une offre de radicalisation et d'apprentissage à la délinquance de haut niveau pour 16 000 personnes supplémentaires. François Fillon est, parait-il, très attaché à la formation, je n'imaginais pas que son goût pour l'apprentissage allait jusque-là.


Lorsque Christiane Taubira dit que la prison est un échec de la réinsertion, qu'il faut que nous usions de tout notre génie, de toute notre imagination pour trouver le juste équilibre entre la sanction et la réinsertion, on l'accuse de laxisme et on la rend responsable d'à peu près toutes les récidives perpétuées sur le territoire.

Le problème de Christiane Taubira est que sa hauteur de vue si juste soit-elle, et elle l'est, dans le constat comme dans la solution, est inaccessible à la grande majorité qui ne raisonne qu'en bien et en mal et pour qui, la seule réponse possible au fait délictueux est une punition aussi dure que vengeresse se limitant à un enfermement stérile.

La droite nous présente un projet de société, un projet qu'elle dit au service de la grandeur retrouvée de la France. Sans doute, mais j'ai du mal à percevoir en quoi il contribue à la grandeur de l'Humanité. J'avais cru naïvement que cela devait aussi faire partie d'un projet présidentiel.




dimanche 20 novembre 2016

Des fondamentaux pour quoi faire ?

Lors du dernier débat des primaires de la droite, l'ensemble des candidats semblaient d'accord sur le fait que l'école faillait à sa mission d'apprentissage des fondamentaux parmi lesquels se situe d'évidence la maîtrise de la langue française.

Malheureusement, le niveau des échanges ne dépassant pas la hauteur d'un gazon pour terrain de tennis, pas un des candidats n'a évoqué en quoi la maîtrise de la langue française est importante. Parce qu'évidemment, selon l'objectif que vous y fixez, c'est toute une déclinaison d'un projet de société qui en découle avec des conséquences sur à peu près tous les registres culturels, économiques et sociaux.

Car ce n'est pas la même chose que de maîtriser une langue pour être un bon employé et maîtriser une langue pour être un citoyen libre, doué d'un esprit critique nourri par sa compréhension du monde grâce à ses lectures, ses écoutes et son ouverture d'esprit. Quelle pédagogie, quel programme scolaire, quelle école à construire pour atteindre des objectifs aussi différents ? Étonnant en même temps qu'aucun de ces candidats, tous chantres de la sécurité, intarissables sur la police, la discipline, la justice, la prison, n'ait évoqué ne serait-ce qu'une seconde combien la maîtrise d'un vocabulaire riche et varié, la maîtrise de la grammaire, la capacité à comprendre la subtilité des mots et des phrases et donc, la capacité à débattre, à échanger, à confronter ses idées étaient autant de pouvoirs qui permettent aux individus de résister à leurs instincts les plus violents. La boite à gifles s'ouvrent toujours lorsque les mots ne suffisent plus et on l'ouvre d'autant plus facilement qu'on dispose de peu de mots pour s'exprimer et pour comprendre.

Si chacun s'accorde à l'idée que nous vivons dans un monde de plus en plus complexe et qu'il n'est possible d'y évoluer que si cette complexité nous est accessible, alors nous pourrons espérer construire une société intelligente et pacifiée. A l'inverse, nous n'aurons que ce qui a déjà commencé, une myriade de micro-communautés, incapables de se parler autrement qu'à coups de slogans, autrement qu'en s'invectivant, se moquant, s'insultant. Aujourd'hui, déjà, les directeurs de campagne sont des publicitaires et on invite des humoristes à conclure des débats politiques en moquant les invités.

Pas certain que le peuple, et donc la démocratie, y gagne beaucoup... et réciproquement.


samedi 12 novembre 2016

Trump ou Néandertal, sans doute une histoire commune.

S'il devait y avoir une cote boursière pour les noms et les qualificatifs, reconnaissons qu'establishment, élite, populisme et bobos seraient en bonne posture pour crever le plafond des valeurs les plus élevées.

Car c'est d'abord la défaite des élites que ne cessent de nous répéter à peu près tous les observateurs des élections américaines et dont se gobergent tous ceux qui se targuent d'être les porte-paroles des sans voix, des sans grade et, je n'ose dire, des sans dents. C'est la défaite de l'establishment, mot chéri et ressassé dès le début des années 80 par un certain Jean-Marie Le Pen, repris depuis, comme pour adouber discrètement ses idées à qui veut bien l'entendre, par toute une ribambelle de démagos qui dénoncent chez le voisin la couleur du costume qu'ils portent eux-mêmes.

C'est la victoire du bon sens populaire, vous diront les mêmes, la victoire de ceux qui souffrent, de ceux qui travaillent et qui subissent, c'est la victoire des sans-voix et des sans grade, de la majorité dite silencieuse, la victoire des petits, la revanche des manuels sur les intellectuels, la victoire des pauvres et des laissés pour compte de la mondialisation qu'on n'écoute jamais.

Dans la vision manichéenne qui est la nôtre et qui confine au simplisme notre vision du monde, la société se sépare en deux. Potentiellement, on veut bien aller jusqu'à trois mais au-delà, ça devient trop compliqué, trop fatiguant. Et dans une société qui justifie ses jugements davantage par des slogans que par des analyses, il ne faut pas trop en demander. Il y a donc deux catégories d'individus qui se côtoient sur la planète. Il y a les bons et les méchants, les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les cultivés et les abandonnés d'une école qui n'a pas rempli sa mission, les coupables et les victimes, les riches et les pauvres, les intellectuels et les manuels, les gagnants et les perdants, les méchants agriculteurs qui polluent les nappes phréatiques avec des produits chimiques et les gentils paysans qui utilisent des pesticides naturels puisque c'est bien connu, un produit naturel n'est pas chimique. Les intoxiqués à l'amiante apprécieront. Il y a ceux qui relèvent tout un ensemble de données avec des outils extrêmement sophistiqués et qui les modélisent avec de puissants ordinateurs pour nous dire la météo du lendemain et des jours qui viennent et ceux qui pensent que "s'il fait grand froid à Saint Pierre Damien, l'hiver reprend sinon s'éteint". Il y a ceux qui étudient, lisent, voyagent pour découvrir, comprendre le monde qui les entoure et tenter d'y trouver un chemin, une voie d'évolution harmonieuse et apaisée et il y a ceux pour qui le quartier et Cyril Hanouna sont des horizons bien suffisants, qu'il n'est pas nécessaire de s'occuper des autres quartiers et si chacun faisait pareil et bien il n'y aurait pas de souci et les moutons seraient bien gardés. Il y a ceux qui pensent et il y a les instinctifs. Il y a ceux qui établissent des règles de vie par le raisonnement et ceux qui croient qu'un être céleste a déjà tout dit sur ce qu'il fallait faire. Il y a les généreux et les mesquins. Il y a la complexité des choses et du monde et le simplisme de la conversation de bistrot. Il y a la difficulté de s'adapter à une planète de plus en plus petite, de plus en plus interconnectée au point qu'aucune région du monde n'est épargnée par la souffrance d'une seule des autres parties et il y a la facilité de ceux qui traduisent à leur convenance les singes de la sagesse en pensant que ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire suffit pour être heureux. Il y a ceux qui se cultivent et ceux qui se distraient, il y a ceux qui disent des gros mots et il y a les vulgaires. Et pour finir et faire un clin d’œil aux amateurs bien que la liste ne soit pas exhaustive "il y a ceux qui tiennent le pistolet et ceux qui creusent" mais là n'est pas notre propos.

En somme, il y a ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité est commun à tous ou ne sera pour personne. Que ce ne sera pas facile et forcément fait de soubresauts, de confrontations, de chaos interculturels, éducatifs, religieux, philosophiques, politiques mais que c'est le seul rêve possible à traduire en réalité. Et ceux qui prônent la facilité de l'égoïsme, de l'individualisme et de l'ignorance. Il y a ceux qui harmonisent les différences et ceux qui pensent préférable de n'en privilégier qu'une en détruisant les autres. A n'en pas douter, ce sont ces derniers qui ont gagné outre-atlantique et qui fleurissent un peu partout en Europe et singulièrement en France.

Je ne sais pas ce qu'est le bon sens populaire ni qui sont les élites. Je sais juste qu'il y a des êtres qui pensent que l'avenir se construit dans la fraternité et d'autres dans le rejet, la séparation voire l'élimination. Il y a environ 35 à 40 000 ans, il y avait en Europe deux catégories de gens. Des néandertaliens autochtones et des sapiens nouvellement arrivés. D'aucuns ont pensé durant des décennies que les seconds ont pratiqué un génocide au point d'éliminer totalement les premiers. Les derniers travaux de paléoanthropologie  tendent à démontrer au contraire que l'homme moderne serait le fruit d'un métissage entre les deux espèces. L'hypothèse faite à partir des analyses ADN des chromosomes Y montre que l'accouplement d'un néandertalien avec une sapiens ne pouvait être fertile du fait de l'incompatibilité de certains de ses gènes. Incompatibilité qui n'aurait pas lieu d'être dans la cas inverse d'un accouplement entre un sapiens avec une néandertalienne. De fait, la disparition de Néandertal se serait étalée sur 5 000 ans mais serait le résultat de l'amour et non de la guerre.

Il me plait d'imaginer que l'humanité harmonieuse de demain se construira de la même façon, par le métissage de l'intelligence avec la bêtise, de la fraternité avec l'ostracisme, de la bienveillance avec l'intolérance, la stérilité des seconds les ferait disparaître progressivement. Espérons juste ne pas attendre 5 000 ans.