dimanche 5 mars 2017

Le peuple est-il démocrate ?

Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, telle est la définition de la démocratie par Abraham Lincoln et reconnaissons que depuis, on n’a pas trouvé beaucoup mieux.

L’esprit de la Cinquième République qu’aucun président n’a jamais vraiment respecté, pas même celui qui en fut le fondateur, est que le président ait une vision sur le long terme et qu’il indique le cap à suivre. A la charge du premier ministre et de son gouvernement de mettre en œuvre la politique pour y parvenir et de rendre compte régulièrement au président de l’avancée de ses travaux. Raison pour laquelle, le président choisi le premier ministre qui sera, selon lui, le plus à même à conduire son projet et qu’il revient au dit premier ministre de choisir et de proposer son équipe ministérielle que le président validera ou récusera.

Tel est l’esprit d’une Cinquième République que le peuple de France n’était de toute façon pas prêt à recevoir pour la simple et bonne raison que le peuple de France n’a jamais, jamais achevé sa Révolution. L’a-t-il d’ailleurs seulement voulue ? La Révolution française était une révolte de la faim. Les Français ne se sont pas révoltés contre un système politique, il se sont révoltés contre une spéculation de privilégiés qui les a conduits à la famine. Qu’une bourgeoisie se soit emparée de la souffrance du peuple pour organiser son pouvoir en y instillant ce qui, sur l’avenir, la préservera de pareille révolte est une autre chose. Mais n’oublions pas que parmi nos gouvernants, Napoléon est, encore aujourd’hui, et restera le plus admiré malgré les controverses qui l’entourent. Napoléon qui accèdera au pouvoir après dix années de chaos politique, dix années interminables pour ceux qui les ont vécues et qui ne sont qu’un fragment ridicule à l’échelle de l’histoire d’une nation. 

La démocratie n’est réclamée que par ceux qui peinent à exprimer leurs idées et à les voir mises en application. Elle est une exigence fidèle de l’opposition et un recours pour la majorité lorsque celle-ci sent son pouvoir fragilisé et qu’elle a besoin de justifier sa légitimité. Mais ne nous leurrons pas, une très large partie du peuple a besoin d’admirer, a besoin d’un guide, d’un chef. Nul absolutisme n’est combattu quand celui-ci apporte le pain et les jeux dont le peuple a besoin. On ne combat l’absolutisme que lorsqu’on en est victime, jamais quand on tient le bâton. « Un peuple, un Etat, un chef ! », ils ne seraient pas nombreux aujourd’hui à renier cette formule qui, en son temps, fit trembler l’Europe tout entière quand elle était prononcée dans la langue de Goethe : « Ein Volk, ein Reich, ein Führer ! ». Dans le vocabulaire léché des temps modernes qui évoque les techniciennes de surface et les hôtesses de caisses plutôt que les femmes de ménage et les caissières, on parlera pudiquement de charisme plutôt que d’autorité. C’est pourtant cette dernière que l’on va chercher chez Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et dont on regrette l’insuffisance chez Benoit Hamon et Emmanuel Macron. Et c’est avec ce costume que François Fillon cherche à effacer son image d’héritier de la famille Adams. Son obstination à réfuter une faute, grave aux yeux de tous sauf aux yeux de ses partisans qui, en revanche, dans les mêmes circonstances auraient lynché tout autre que lui, a pour but de démontrer son courage, sa ténacité, sa force de caractère et sa résistance à l’adversité quelle qu’elle soit, et donc sa capacité à mettre en œuvre son programme politique.

Et ça peut marcher. Cela peut marcher pour se faire élire, moins pour gouverner. Parce que c’est juste oublier que dans une démocratie comme la nôtre, un programme, une loi, une décision, ne se décrète pas, que le président de la République n’est pas un monarque élu pour cinq ans et qu’un programme s’applique en négociation avec l’ensemble des organisations représentatives des secteurs impactés et concernés par telle ou telle décision. Cela prend beaucoup plus de temps que ce qu’un discours électoral peut faire croire.

Le fonctionnement des institutions démocratiques n’est pas à la dimension des attentes du peuple. La force de Marine Le Pen est dans la reconnaissance par une large fraction de la population que son autorité est suffisante pour appliquer ses intentions et balayer les obstacles du seul revers de sa main faisant fi du droit. Si elle y arrive, elle pourra remercier François Fillon et ses supporters aujourd’hui présents place du Trocadéro d’avoir accrédité l'idée que l’exemplarité, la morale et le droit ne sont que des luxes superflus à l’exercice du pouvoir.

mercredi 22 février 2017

De la nécessité de croire.

Croire, magnifier, transcender. Depuis le premier jour où ils ont voulu comprendre, les Hommes ont éprouvé le besoin d'un univers qui les dépasse.

Croire en la beauté et la restituer par la musique, la poésie, la peinture, l'art en général. Croire en un Dieu, à la magie, au surnaturel, pour expliquer les choses inaccessibles à la raison, pour retrouver un espoir perdu. Croire en un lendemain meilleur qui console de la souffrance d'aujourd'hui. Croire en la vie après la mort. Croire aux surhommes aux super-pouvoirs qui défendent le faible, l'ordinaire et le bien contre les forces du mal. Croire en un chef qui conduit sans se tromper et sans tricher. Croire en l'amour éternel, unique, indépassable, inimitable. Croire que la perfection est possible. Croire en sa patrie, croire en son équipe et à sa supériorité sur toutes les autres. Croire que l'ordinaire est un fragment d'extraordinaire.

Croire, c'est imaginer possible l'improbable. Croire c'est un peu rêver les yeux ouverts et rendre rationnel ce qui ne l'est pas.

Jamais sans doute, les peuples et les êtres, collectivement et individuellement, n'ont-ils autant aspiré à croire en quelque chose qui les sorte du quotidien futile dans lequel le productivisme, la capitalisme et la consommation du vingtième siècle les a plongés au seul bénéfice de quelques uns. Croire en quelque chose qui les concerne et duquel il peuvent se sentir à la fois les concepteurs, les acteurs mais aussi les gardiens. Plus qu'au lendemain, c'est en l'avenir qu'ils veulent croire.

Les magnifiques photographies de Thomas Pesquet démontrent une seule chose. Qu'il existe un destin commun à toute l'humanité et que nulle frontière n'en épargne qui que ce soit. C'est le rêve de ce destin qu'il faut inventer. C'est ce point de convergence de tous les peuples cohabitant sur une planète aujourd'hui si minuscule qu'elle en est devenue fragile qu'il faut tracer car rien ne se fait sans que l'on ait posé un rêve. Cela s'appelle un idéal.

J'étais fier de mon pays qui, à travers la COP21, avait, une fois encore dans l'Histoire, montré un possible chemin. J'ai été frustré que la presse, les médias, les intellectuels, les politiques, vous et moi ne nous soyons pas engouffrés dans l'opportunité qu'il y avait à dépasser nos préoccupations étriquées et nos égoïsmes locaux et générationnels pour parler de la seule chose qui vaille : quel avenir pour l'humanité ?

C'est pourtant une préoccupation désormais incontournable et à la dimension des plus hautes fonctions de la république. Malheureusement absente des conceptions de nos candidats dont le plafond de verre, pour reprendre une expression très à la mode, les limite à des considérations de secrétaires d'état.

A quoi sert un itinéraire quand il n'y a pas de destination ?


samedi 18 février 2017

Vous avez dit colonisation ?

Autant le dire tout de suite, je ne suis séduit par aucun des candidats à la pantalonnade présidentielle que notre décadence démocratique nous impose. Entre ceux qui se complaisent dans le système et qui font semblant de le combattre sans nous dire d'ailleurs qu'elle est ce satané système, ceux qui n'en disent rien parce que ça leur va bien comme ça et ceux qui se présentent hors des partis et qui se voient reprocher d'être en dehors du système par ceux qui veulent combattre le système mais qui en font partie tout en le regrettant parce que c'est pas bien de ne pas en être et que c'est bien la preuve qu'il est dans le système sinon il dirait pas qu'il est en dehors, j'ai mal à la tête et les punaises me guettent mais que faire dans un cas pareil... Donc, me voilà ben embêté. Mais j'y reviendrai une autre fois.

Oh, j'ai bien compris que lorsqu'il pleut, si Marine Le Pen dit qu'il pleut il faut absolument dire que malgré tout il fait beau parce que sinon nous sommes d'affreux réactionnaires racistes qui soutiennent les discours du Front national, que si quelqu'un de gauche dit un truc juste il faut absolument le contredire si on est de droite et si quelqu'un de droite dit un truc intelligent il faut nécessairement prendre le contre-pied si on est de gauche. Bref, peu importe la valeur de l'opinion émise pourvu qu'elle ne puisse être soupçonnée de donner raison à l'adversaire. 

Alors évidemment, lorsque le gendre idéal des ménagères de plus de 50 ans, jeune premier du cinéma politique en passe de coiffer la tête du générique présidentiel, se met à parler de la colonisation de l'Algérie et même de la colonisation en général en la qualifiant de crime, plus encore, de crime contre l'humanité, youhouhouhou !!! Les cris d'orfraie !!! Ouin ! Ouin ! Ouin ! Les gesticulations des pucelles outragées. Faussement choqués, les adversaires vocifèrent et s'enflamment devant de non moins hypocrites micros et caméras, en jetant des "patries en danger" aux accents dantoniens. Ils crient à l'indignité d'un candidat à la présidence de la république qu'en d'autres temps ils auraient bien écartelé sur la place de grève pour haute trahison. Parce qu'un président se doit de rassembler les Français et d'éviter tout ce qui peut les confronter dans des combats fratricides, fussent-ils limités aux mots, il conviendrait de ne pas soulever une poussière qu'on a mis tant d'années à glisser sous le tapis de l'oubli. Les voilà drapés dans leur mauvaise foi soi-disant patriotique, accusant le candidat pubère d'associer ce qu'ils appellent encore les événements à la Shoah, comme s'il était impossible pour un crime contre l'humanité d'être autre chose qu'un génocide, travestissant un discours qui traitait de la colonisation et non de la guerre qui libéra l'Algérie de l'occupation française.

Eux qui brûlent les foyers d'accueil des réfugiés fuyant d'autres guerres ont-ils oublié ce qu'est le déferlement d'une armée étrangère tuant, violant, égorgeant à tout crin dans le seul but de soumettre un peuple et son territoire aux seules fins des intérêts économiques de l'envahisseur ?
Eux qui veulent abandonner le droit du sol pour les enfants de ceux qui viennent construire les maisons et les routes que l'on ne veut plus construire, ramasser les poubelles gavées de nos emballages futiles et de nos nourritures gâchées, torcher et souvent caresser nos vieux que l'on ne sait plus soigner et nettoyer des chiottes que nous ne savons toujours pas respecter, comment appellent-ils le pillage des ressources naturelles sans lesquelles l'occident en serait encore à se déplacer à cheval ?
Eux, toujours prompts à parler d'honneur et de grandeur de la France, quels qualificatifs attribuent-ils à la déportation de millions d'esclaves, hommes, femmes et enfants, sur d'autres territoires rasés de leurs habitants exterminés, enchaînés à fond de cale sur des bateaux incapables de les conduire à bon port sans en perdre la moitié, pour enrichir quelques Békés revendiqués antillais justement au nom du droit du sol ?
Eux qui crient au rétablissement des frontières et veulent faire payer l'école aux enfants d'étrangers et refuser les soins aux personnes en situation dite irrégulière, qui pensent-ils être le plus respectable ? Le sans-papier ou le cavalier sabrant une famille au nom de la civilisation  ?

Jamais je ne porterai la culpabilité de mes aînés. Pour autant, enjoliver l'histoire de son pays et passer sous silence ses exactions, ses crimes et ses scandales n'est-il pas justement la preuve de la honte que l'on a de son passé ? A-t-on besoin, pour aimer, de faire fi des défauts et des crimes d'un être ? Ne vaut-il pas mieux les reconnaître et les intégrer dans sa complexité pour mieux apprécier les chemins qu'il prend pour se bonifier ? Qui est le plus patriote ? Celui qui regarde l'histoire de son pays en face ou celui qui l'enjolive parce qu'il est incapable de la justifier ?

A la fin du 19ème siècle l'intégralité du continent africain à la marge près de l'Abyssinie (Ethiopie) et du Libéria, est sous domination étrangère. Comment toutes les pucelles outragées par le propos d'Emmanuel Macron ont-elles réagi lorsque le président d'une ancienne république coloniale, tenant de la théorie qu'une morale est mieux dispensée par un prêtre que par un instituteur, ose, du haut de ses talonnettes,  infliger à son auditoire sénégalais que "le drame de l'Afrique vient du fait que l'homme africain n'est pas assez rentré dans l'Histoire " ? Quel est le plus honteux, le propos d'Emmanuel Macron ou celui de Nicolas Sarkozy ?

Notre démocratie est une enfant morte parce qu'elle ne peut plus se nourrir des débats honnêtes qui la font grandir. Ils ont été éliminés par les calculs de petits pouvoirs politiciens comme les coloniaux l'ont fait des peuples autochtones. A force de contredire de façon systématique par des explications alambiquées les propos du concurrent non pour convaincre mais pour détruire, on a fini par perdre le sens des mots et la réalité des drames. C'est à coup sûr le chemin qui conduit à l'esclavagisme politique du peuple.

Bah, il restera toujours des jeux vidéo, des téléphones portables et l'illusion des réseaux sociaux pour le consoler.


vendredi 3 février 2017

De l'objectivité du droit à la subjectivité de la justice

Parce qu'il existe de multiples croyances, des dieux et des religions aux préceptes divers et parfois contraires, il fut inventé la laïcité et la primauté de la loi du siècle sur le dogme transcendé. Quelle que soit la croyance, quels que soient les obligations et les interdits religieux, il existe dans la république un espace commun où la seule loi qui vaille est celle de ladite république que chacun doit respecter à égalité de droits et de devoirs.

Parce que ce qui me parait juste ne l'est pas forcément pour toi, lectrice ou lecteur, qui ne partage pas la même histoire que moi, la même religion, la même éducation, les mêmes amis, la même culture, les mêmes goûts et les mêmes envies, il fut inventé l'Etat de droit et la primauté de la loi commune à tous à égalité de droits et de devoirs. A la subjectivité de la justice s'oppose l'objectivité du droit. 

Dans un pays démocratique, la loi s'écrit sur la subjectivité commune au plus grand nombre. Bien évidemment, les plus nombreux peuvent avoir tort mais comme ils sont les plus nombreux leur tort sera d'avoir raison. Par essence, la loi est imparfaite puisqu'elle ne peut prendre en considération l'intégralité des cas particuliers et qu'étant écrite pour satisfaire le plus grand nombre mais pas la totalité, il restera toujours des insatisfaits. Le corollaire de cela est d'une part la jurisprudence et d'autre part la possibilité de ne regarder que le verre à moitié vide pour alimenter une presse qui s'en goberge jusqu'à l'indigestion et une opposition qui ne cherche qu'à contredire la majorité. Depuis le génie des Lumières et la révolution qui donna corps à ses idées, la loi française s'inscrit dans la plus belle devise qu'aucun autre pays n'a su proclamer : liberté, égalité, fraternité, les trois piliers de la morale républicaine. Ainsi donc la loi est écrite, elle devient concrète, palpable, adieu la lettre de cachet, la loi, seule, est la référence commune à tous à égalité de droits et de devoirs. 

La loi peut-elle être injuste ? Oui sans doute. Elle peut l'être aux yeux de ceux qui n'en voulaient pas ou en voulaient une autre et à qui il revient de convaincre le plus grand nombre pour la changer. Elle peut l'être aussi aux yeux de ceux pour qui l'affect l'emporte sur un texte qui tente justement de s'en exonérer. Prenons pour exemple une décision de justice pénale. La sentence est décidée au termes de débats contradictoires confrontés aux circonstances qui ont conduit au non respect de la loi. Elle est juste au yeux des magistrats. Elle est injuste parce que trop lourde aux yeux du coupable et de sa famille pour lesquels l'amour qui les unit, l'affect qu'ils mettent dans l'affaire justifieraient davantage de clémence. Elle est injuste parce que trop clémente pour la victime et sa famille pour lesquels l'amour qui les unit et l'affect qu'ils mettent dans l'affaire justifieraient que leur souffrance et leur dommage soient reportés sur le coupable. Les juges se réfèrent au droit, les coupables à la tolérance et les victimes à la vengeance. La subjectivité rend la conciliation difficile.

De fait, tout serait définitivement simple et les moutons bien gardés si tout un chacun s'en tenait dans ses comportements au respect des principes du droit. Ce qui fait le charme mais aussi le défaut majeur de l'être humain c'est son imperfection et sa complexité qui frise la constante contradiction. Aussi, selon les circonstances, chacun aura-t-il le souci de faire respecter la loi indépendamment de toute autre considération lorsque c'est le voisin qui est en cause. A contrario, pour soi, chacun fera appel à son appréciation de la justice et se soumettra à l'affect pour au mieux supplanter la loi, au pire l'aménager en fonction de ses intérêts propres. Ainsi, François Fillon se trouve-t-il injustement attaqué. Qu'importe qu'il ait ou pas marché totalement ou partiellement en dehors du terrain. Il n'a agi que pour la bonne cause. D'ailleurs, il l'a dit, il est chrétien ; tous ses actes ne sont donc motivés que par la bonne cause. Moi même j'ai connu un président d'association très soucieux du respect des règles et des lois lorsqu'il s'agissait des autres et qui, de temps à autres, prenait pour lui-même et son association quelques libertés. Lorsqu'on lui en faisait le reproche, il objectait que c'était pour la bonne cause et que, quand il s'agit de la bonne cause, il faut savoir parfois sortir des règles. Dès lors, la loi n'était utile que lorsqu'on en avait besoin. Evidemment, avec des principes pareils, il devient difficile de parler de morale républicaine. 

Le grand paradoxe de notre époque est que jamais on n'a autant prôné les valeurs et jamais on ne les a autant bafouées. Mais c'est, je crois, un autre paradoxe qui fait que les Français se singularisent du reste du monde. Aux élus et aux autres l'objectivité du droit avec une totale intolérance du moindre écart et pour soi la subjectivité de la justice et de la religion pour justifier tous les égarements. Et dire qu'ils sont si nombreux à vouloir gouverner pareil peuple...



lundi 30 janvier 2017

Pénélope Fillon

Quand un ou une journaliste, en l'occurrence Léa Salamé ce matin sur France Inter avec Valérie Pécresse, aura-t-il ou elle le courage de poser la vraie question qui n'est pas de justifier ou non l'emploi mais qui interroge sur la moralité d'un montant choquant, ultra choquant, de la rétribution si combien même le travail avait été effectué ? Ce montant dépasse ce que touche n'importe quel attaché parlementaire. Comment justifier l'indécence de ce niveau qui, plus encore, a été augmenté de 50 % par le suppléant de Monsieur Fillon. Qu'on cesse de nous enfumer avec la réalité ou pas de ce travail et avec la légalité ou pas de l'embauche d'une épouse ou d'un enfant. Ce qui est avant tout choquant c'est le rapport rémunération/travail totalement incohérent avec le discours de rigueur et de quasi faillite de l'Etat que prône le candidat LR.
Maintenant, on peut aussi s'interroger sur l'absence de pertinence des journalistes des grands médias à cet égard. Peut-être la réponse réside-t-elle dans le fait que dans lesdits grands médias, les pratiques ne sont pas tellement différentes. Alors ne parlons pas des choses qui fâchent.
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jeudi 29 décembre 2016

Conte de Noël... laïque !

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

L'époque était heureuse, sans doute plus par insouciance que par une réelle plénitude du monde. Déjà, la baie des cochons avait convaincu qu'une troisième guerre mondiale, nucléaire cette fois, était inéluctable. La guerre du Vietnam battait son plein et les magazines chassaient les prix Pulitzer à coups de clichés d'enfants napalmés. Une guerre dont la seule héroïne était injectée dans les veines de guerriers névrosés. Dans le même temps, de petits Biafrais faméliques, au regard grignoté par des nuées de mouches insatiables, au ventre si rond que mon innocence juvénile ne comprenait pas qu'il témoignait de malnutrition, allaient donner naissance à la première organisation de French Doctor dont un fondateur serait moqué, quelques années plus tard, chargé d'un sac de riz sur une plage somalienne, par des observateurs de salon qui pleurent la souffrance, encore aujourd'hui, entre Touche pas à mon poste et Les Guignols de l'Info. Plus au nord, dans un orient qu'on dit moyen, il ne faudra que six jours pour qu'un pays de quelque 3 millions d'habitants redessine ses frontières dans une région du monde qui n'aura de cesse, dès lors, de privilégier le meurtre des gens de paix. Pendant ce temps, dans les régions d'opulence, une jeunesse, soudainement indocile, brisait ses chaines à coups de cocktails Molotov et de pavés avant de revendiquer l'amour à l'ombre des bergeries ardéchoises... dans l'attente de reprendre l'entreprise et les cravates de papa. A l'est, au nom de la démocratie populaire, des chars étouffent la liberté populaire...

Non, si l'époque était heureuse, la planète ne l'était pas et n'avait rien à envier aux horreurs d'aujourd'hui. Omrane s'appelait Kim Phuc. Comme lui, elle a enrichi les salles de rédaction et embué les yeux dans les salons-télé. Comme pour lui, l'exposition de sa nudité marbrée de chair calcinée n'aura rien fait d'autre que scandaliser les foules avec une violence d'autant plus grande qu'elles en savaient l'impuissance. Quand la bonne conscience se mesure au poids de ses indignations, nombreux sont les irresponsables qui pensent être des acteurs éclairés du monde. L'égoïsme consommateur des trente glorieuses ne laissant que peu de place à l'angoisse, très vite, les cauchemars se brouillent en souvenirs, les criminels se muent en héros de roman et, portés au cinéma sur fond de chevauchée des Walkyries, les génocides font (re)découvrir le génie des œuvres wagnériennes. C'est pour cela qu'avant est toujours mieux qu'aujourd'hui. Le temps magnifie les cauchemars.

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

Chaque dimanche, je me rendais à la messe où je priais avec ferveur au pied de la Vierge à l'Enfant qui me faisait face dans la petite aile droite de l'église. Bien des années auparavant, j'avais perdu avec le père Noël mon premier maître de conscience. Avec Jésus, j'avais trouvé mon premier modèle de conscience. La différence était de taille. Etre sage était obéir au premier tandis que la sagesse se trouvait dans l'imitation du second. On me disait que par la prière on pouvait changer le monde. Que Dieu pouvait intervenir pour aider les Hommes et pour les sauver du mal. Que n'intervenait-il devant tant de malheurs que, malgré la protection de mes parents, des bribes et des images parvenaient jusqu'à moi. A mes questions qu'aucune réponse ne savait satisfaire il était dit : "les voies du Seigneur sont impénétrables"

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage.

Un soir, dans la sécurité de mon lit d'enfant, pour la toute première fois, je pensais, sans culpabilité aucune, que Dieu, peut-être, n'existait pas. Mais alors que devenaient morale, bienfaits, générosité et toutes ces qualités que seul un saint (ou Kachouri) peut cumuler ? Il me parvint alors que la valeur de ces qualités se suffit en elle-même et qu'il appartient aux Hommes ni d'obéir ni d'imiter mais seulement d'inventer. Quel beau projet que d'inventer et créer notre Humanité ! Et puis, si jamais Dieu existait, ne serait-il pas plus fier encore de ces Hommes qui auront su trouver par eux-mêmes le chemin qui les conduit jusqu'à lui ?

J'avais onze ans, je crois, peut-être douze mais pas davantage le jour où j'ai quitté mon enfance.




mercredi 28 décembre 2016

Quand Saint Abdelhak croise Saint Axe

Qui n'a pas rencontré celui ou celle qui, à la question : "quel est votre plus grand défaut ?", répond "Moi, je crois que mon plus grand défaut c'est la générosité, l'empathie, le souci de l'autre. Que voulez-vous ? Je sais bien qu'il faudrait que je pense un peu plus à moi, que je sois un peu égoïste. C'est vrai, je sais bien qu'on ne peut pas porter toute la misère du monde et que c'est extrêmement pénible pour l'entourage que d'avoir à supporter quelqu'un qui n'a de cesse de se consacrer au autres, que de s'inquiéter pour les autres. Mais c'est comme ça, je n'arrive pas à me contrôler. Moi, il faut que je donne que je donne que je donne". Ainsi donc, en qualifiant de défaut ce qui est une qualité aux yeux des autres, devient-il possible d'ajouter encore à ladite qualité cette noblesse d'âme qui a conscience de l'abîme qui la sépare du commun des mortels. Avec l'humour qui le caractérisait et qui lui faisait écrire ses réflexions sur de petits bouts de papier qu'il pliait ensuite pour les jeter dans le coffre de son piano droit, Erik Satie avait su magnifier cet état d'esprit en disant : "Moi, pour la modestie, je ne crains personne".

Notre Kachou local est comme ça. Ses défauts sont ses qualités et pour la modestie, il ne craint personne. Usant du stratagème, il a cette capacité rare de ne parler que de lui lorsqu'il parle de vous. En cela, sa dernière publication est un véritable florilège ; jugez plutôt. 

Extrait (cette fois je ne vais pas vous infliger l'entièreté du propos. En cette période de fêtes où le foie et l'estomac sont soumis à rudes épreuves, cela ne pourrait se faire qu'une boite de Vogalène à proximité immédiate et tout le monde n'en dispose pas). 

Dès les premiers mots, l'auteur donne l'intention qu'il souhaite donner à son oeuvre qu'il intitule "Belles fêtes !" : "À la veille des fêtes de fin d'année, je veux par ces quelques mots vous dire à quel point, la vie est unique.". La ponctuation est conforme à l'original et relève de la liberté que l'écrivain accorde à sa rédaction. Nous verrons qu'il use également de cette liberté dans l'approche orthographique et grammaticale de sa création ; ce qui amplifie de façon magistrale le mystère du propos.

Après une introduction romanesque au cours de laquelle sont évoqués les douloureux événements de l'année 2016 avec un style qui n'est pas sans rappeler les émouvants romans de la collection Harlequin ou la poésie de Nabilla, le héros de novembre 2015 souhaite à ses lecteurs que 2017 soit meilleur en posant les principes qui font de lui un sacré boute-en-train à savoir joie, espoir, bonnes ondes et surtout amour à n'en plus finir.   

Dès lors, et jusqu'à la fin de son oeuvre, l'auteur n'aura de cesse d'exprimer les multiples qualités qui sont les siennes et qu'il mettra au service de la population contribuant ainsi à faire de 2017 une année particulièrement réussie pour chacun d'entre-nous. Ainsi donc, je cite : 

Pour moi, en 2017, je continuerai sans relâche à aimer la vie, à aimer les gens, à défendre les plus fragiles, à sourire, à aider tant que je peux, à être généreux, à être à l'écoute, à croire en chacune et en chacun, et ce, sans exclusive.

En 2017, je continuerai à croquer la vie à pleines dents.
En 2017, je resterai profondément engagé au service de notre belle République. Plus qu'un objectif, un serment indéfectible tant j'aime mon pays
En fin de propos, "Consoleur de la nuit", comme on l'appelle désormais dans les commissariats depuis le drame du 13 novembre 2015, adresse "Un clin d’œil particulier aux habitant-e-s de ma ville, Neuilly-sur-Marne, aux responsables associatifs, aux fonctionnaires municipaux et à l’ensemble des services qui assurent notre sécurité.". On retrouve là, la signature tout à fait personnelle de "l'Ange de la Belle Equipe", comme on l'appelle désormais dans les bars parisiens, qui refait surface à l'approche de chaque élection. Malheureusement, il semble qu'après il soit pris d'une furieuse crise d'amnésie qui veut qu'il oublie que même quand on ne fait pas partie de la majorité, on se doit de participer à l'activité politique pour laquelle on a été élu. 

En conclusion et dans un paroxysme qui frise la macronite aiguë un soir de meeting, le Cyril Hanouna de la politique lance un vibrant : "Surtout, n'oublions jamais que nous n'avons qu'une vie !".

Au-delà d'une profondeur abyssale du propos que chacun aura pu apprécier, notons au passage ces libertés qui ne sont pas sans évoquer les belles heures de rédaction en cours préparatoire de l'école communale. Quelques exemples (la liste n'est pas exhaustive) qui démontrent l'amour indéfectible de l'auteur pour la langue française : 

"2016 fut particulière. Elle aura été une année dans laquelle nos larmes ont trop souvent coulées"

un peu plus loin...

"Trop d'âmes envolées au nom d'une pseudo idéologie. Elle fut aussi l'occasion de se rassembler, certes, dans la douleur, mais elle nous aura permis de se rappeler que nous pouvons ensemble vivre côte à côte dans le respect de nos différences et dans ce qui composent notre socle commun : les valeurs de la République..."

A l'heure où les médailles du mérite et autres légions d'honneur se distribuent au moindre peigne-cul qui aura su mettre sa langue au bon endroit et où le pape François semble distribuer de l'auréole comme on donnait naguère des bons points aux enfants réputés sages, je propose un Goncourt spécial pour l'ensemble de l'oeuvre de Saint Abdelhak. 

Il parait que notre société souffre de la médiocrité de ses élites, qu'on se rassure, nous avons trouvé-là l'élite de la médiocrité.