lundi 12 septembre 2016

L'âme perdue

L'été fut chaud, si chaud qu'on habilla les baigneuses de peur qu'elles ne se brûlent au regard des hommes.

Tout a été dit dans le concert d'absurdités qui s'ensuivit. Jusqu'aux catholiques qui profitèrent des fêtes de l'Assomption pour couvrir du pardon de leur joue gauche l'intolérance tatouée sur leur joue droite. Oubliés les défilés contre le mariage des homosexuels, les résurgences des commandos contre l'avortement, les insultes et les bananes adressées à Christiane Taubira par des enfants de la manif pour tous. Le traditionaliste chrétien pardonne volontiers lorsque les victimes ne sont que collatérales à la promotion de valeurs, finalement, pas beaucoup éloignées des siennes.

Riss, dans un sublime éditorial, dénonce cette gauche, soi-disant anticléricale, aussi prompte jadis à pourfendre le moindre porteur de soutane qu'elle est complaisante aujourd'hui envers les réactionnaires musulmans. Il renvoie subtilement dos à dos les porteuses de burkini et les adeptes de la manif pour tous dans leur même considération de la place de la femme dans la société. Peu après, dans Marianne, Jacques Julliard à son tour convoque Molière pour dénoncer la tyrannie des Tartufe. Interrogé par Augustin Trapenard sur France Inter, à propos de ce qui a changé entre 1989 et aujourd'hui, Salman Rushdie répond : "A l'époque des attaques contre les versets sataniques, les critiques qui étaient portées contre moi en occident venaient en général de la droite. Aujourd'hui, ce type de critiques vient de la gauche... des gens qui veulent faire des compromis avec l'Islam. Et ça ne vient pas de la droite, c'est de la gauche. Je crois que c'est vrai partout en occident et c'est vraiment une grosse déception."

Accepter sa souffrance terrestre, l'aimer, la cultiver au point d'en faire la clef d'accès au paradis. Les puissants, qui achètent la leur à grands coups de dons déductibles des impôts, aiment ces religions qui promettent aux pauvres des lendemains meilleurs. Nantis de cet axiome et avec la complicité de prélats qui ont davantage bâti leur puissance sur les marches du pouvoir que dans les alcôves de la pensée, ils ont compris que la croyance était le terreau magique de leur pouvoir et qu'il suffisait d'évoquer l’impénétrabilité des voies du Seigneur pour faire définitivement taire les voix discordantes. Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'un siècle des lumières vienne perturber ce petit ronron d'exploitation. Dès lors, depuis que les défenseurs du roi et de la religion, suivis des conservateurs de tous poils, ont occupé les places à la droite du président de l'assemblée constituante, places que leurs héritiers de l'UMP et du Front national occupent encore de nos jours, des voix porteuses de liberté, d'égalité et de fraternité se sont fait entendre de plus en plus bruyamment. Au fil des siècles, ces voix qui ont fait la gauche ont conduit à force de combats et de ténacité, à donner aux lois immanentes leur suprématie sur les préceptes divins. Une nouvelle morale était née, républicaine et laïque, construite sur le raisonnement, le débat, la démocratie.

Que reste-t-il de cette gauche qui, au nom d'un pseudo néoréalisme, ne parait plus aujourd'hui que passer de compromis en compromissions avec d'un côté les réactionnaires enturbannés et de l'autre les tenants d'une finance qui érige la cupidité en valeur et qui prône que le fruit du travail des uns ne peut dépendre que de la spéculation des autres ?

On dit que peu avant de mourir, le corps bénéficie d'un court regain de conscience et d'énergie comme une recouvrance soudaine de la santé. Je me demande si 1968 n'était pas, finalement, cette petite fenêtre de réveil en préalable à l'agonie d'une gauche qui semble avoir définitivement perdu son âme.

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dimanche 7 août 2016

Ami entends-tu ? ... Même pas peur !

C'était écrit. Les terroristes ont gagné. Braderie de Lille, Championnat d'Europe de cyclisme sur route à Nice, piétonnisation des Champs-Elysées à Paris, festivals de cinéma un peu partout, concerts en plein air, feux d'artifice de La Baule et d’ailleurs... la liste des annulations est longue et ne saurait malheureusement être exhaustive.

Non seulement la fameuse unité nationale n'aura pas duré longtemps (mais qui avait la naïveté d'y croire en dehors de ceux qui ne connaissent pas les Français ?) mais voilà belle lurette qu’ont disparu les "même pas peur !" affichés çà et là et à toutes les sauces de la place de la République jusque sur les banderoles exposées devant les caméras par de fiers manifestants d’autant plus prêts à en découdre qu’ils étaient loin des lieux d’attentats pour sauver... sauver quoi au fait ? La question mérite d'être posée. L’assassinat du père Hamel a montré que désormais plus personne n’était à l’abri le danger pouvant survenir à tout instant dans les lieux les plus reculés et les plus improbables. La peur a rapidement pris le pas sur les aboiements arrogants des résistants de pacotille. 

Tout le monde s’accorde à dire que nous sommes en guerre. Or, dans une guerre il y a des batailles et des embuscades. Il y a des morts et des blessés, des drames, des horreurs, des voisins, des amis, des copains, des fils, des filles, des parents, des enfants, des jeunes, des vieux, des combattants, des coupables et des innocents qui meurent, qui souffrent, qui finissent morts ou estropiés, paralysés, défigurés. La paix revenue, il y aura, comme toujours, des héros silencieux et des traîtres, des lâches, des planqués qui se dresseront en témoins des horreurs sous des regards néo-modernes et néo-blasés qui, après deux émissions de télé, jetteront ces histoires dans la malle à souvenirs abandonnée dans le grenier de la mémoire collective… jusqu’à la prochaine fois.

Ce qu'il n'y a jamais dans une guerre, c'est l'absence de combats, l'absence de victimes civiles et innocentes, l'absence de dégâts collatéraux, l'absence de saletés en tous genres. Non la guerre propre n’existe pas. La guerre propre limitée aux seuls professionnels est une invention de notre petite société confortable, protégée, aseptisée qui ne voit le monde que dans un cadre électronique où toute cible est atteinte avec une précision chirurgicale, où se côtoient les 100 % de réussite et les 0 % de risque et d’erreur. C’est l’invention d’un monde qui se voit sauvé par le président des Etats-Unis à la tête de son escadre plongeant au cœur du vaisseau extra-terrestre venu détruire notre bonne vieille planète. Nous avons oublié que la réalité était tout autre. Durant des siècles, l’humanité s’est construite avec la mort pour partenaire. Avec notre société moderne, sans doute parce que nous l’avons éloignée de quelques décennies, nous avons cru pouvoir vivre en l’ignorant. Nous savons que nous allons tous mourir mais nous vivons comme si nous étions éternels. Ainsi, la mort nous surprend-elle violemment chaque fois qu’elle survient tant nous ne sommes plus préparés ni à la côtoyer ni à l’affronter. Pour paraphraser Tocqueville lorsqu’il évoquait les inégalités : "plus l’insécurité se réduit, plus on se rapproche de la sécurité et plus les insécurités qui subsistent sont insupportables aux hommes. Moins il y a d’insécurité et plus les conflits sont nombreux."

Raison pour laquelle les annulations des événements qui se succèdent ne sont pas le fruit de la seule crainte de nouvelles victimes. Personne n’aurait aujourd’hui l’outrecuidance de garantir une sécurité parfaite. Non les annulations sont tout simplement le fruit de l’odieuse exploitation qui a été faite de l’attentat de Nice à des fins de purs intérêts politiciens jetant aux fauves de l’arène médiatique des responsables politiques livrés à la vindicte d’une populace dressée, le pouce tourné vers le sol, toujours assoiffée du sang de ses élites ou de ses élus dès lors que l’occasion d’en boire lui en est donnée. Qui, à quelques mois d’élections cruciales comme les présidentielles et les législatives du printemps prochain, est prêt à prendre le risque de subir une telle épreuve ? Personne évidemment. L’abominable multiplication des sondages sur la confiance que les Français accordent à leurs gouvernants pour les protéger est à cet égard significative.

Quand oserons-nous dire que cette guerre n’est pas comme les autres parce qu’elle n’est pas l’affrontement de deux armées aux uniformes distincts permettant de reconnaître l’ennemi ? Quand oserons-nous dire que ledit ennemi est à la fois partout et nulle part, qu’il peut être l’inconnu, le voisin, l’ami, parfois le frère peut-être le compagnon de voyage ? Quand oserons-nous dire que cette guerre se fait sans bataille avec des armes improbables et dans des lieux impossibles parce que le nombre de victimes compte moins que la façon dont on les tue ? 

Quand oserons-nous dire que le simple fait de sortir de chez soi fait de chacun d’entre nous un combattant ? Quand oserons-nous dire que le peuple debout, le peuple combattant, le peuple responsable de son destin revendiquant sa liberté héritée des Lumières c’est le peuple qui, « même pas peur » à la boutonnière, s’assoit aux terrasses, assiste aux spectacles, va au cinéma et dans les stades assumant en toute conscience les risques auxquels il s’expose ?

Les Compagnons de la Libération de demain seront ceux-là et non pas les petits comptables mesquins du marché noir de la politique politicienne ou les aboyeurs cachés au fond de leur cave médiatique.

lundi 18 juillet 2016

A propos des amalgames !


Je voulais vous offrir durant cet été une nouvelle série humoristique. Après les aventures du flaperon du MH370 de 2015, les grands vocabulaires du net auraient eu les honneurs de 2016 dont l'expression "faire polémique" a ouvert le bal. Mais l'actualité, aussi honteuse que douloureuse, m'en a ôté l'envie. Et les quelques réflexions entendues m'ont inspiré cette petite remarque que je vous livre humblement.

Puisqu'on en est à dénoncer les amalgames de tous poils, fruits en général d'une inculture abyssale, je voudrais rappeler à la population en générale et aux humoristes en particulier que "Rom" n'est en aucun cas un diminutif de Roumain, que tout Rom n'est pas forcément Roumain et surtout que les Roumains ne sont absolument pas des Roms. 

Que la minorité Rom soit particulièrement importante dans les Balkans, dont singulièrement en Roumanie et en Bulgarie, ne justifie pas les sketchs abominablement racistes qui fleurissent sur les ondes à l'image d'autres qui pullulaient jadis dans les cabarets parisiens sous l'air hilare de la collaboration. Non les roumains ne volent pas les montres, ne lavent pas vos pare-brises aux carrefours, ne font pas la mendicité, ne volent pas le cuivre des éclairages publics. Les Roumains sont un peuple digne à la culture éblouissante, qui a donné à la France Brancusi, Enesco, Ionesco, Cioran pour les plus connus, amoureux de la France et de la culture française depuis plus d'un siècle et qui, malgré la dictature, a continué à apprendre et parler le Français. Combien de fois ai-je été impressionné d'entendre à Cluj, Bucarest, Iasi, Timisoara, Brasov, etc. des jeunes, moins jeunes et gens ordinaires réciter de mémoire nos plus grands poètes. Nombre de personnalités ont leurs origines au cœur de cette cousine oubliée des Carpates, des bords de la mer Noire et du Danube. Me revient en mémoire ce ministre de Giscard à qui nous devons la première campagne de valorisation du travail manuel, Lionel Stoleru. Eh oui, déjà à l'époque, les études professionnelles ne faisaient pas recettes. 

La déception de ne pas retrouver la France que le souvenir du second empire leur avait laissé, la France ouverte, la France cultivée, la France artistique, philosophique, politique, la France des universités que tant de leurs aînés avaient fréquenté, a définitivement tourné les Roumains vers d'autres horizons. Dacia, racheté par Renault, restera le seul héritage de ces retrouvailles ratées, le parfait symbole de la seule valeur que nous savons aujourd'hui partager avec les peuples du monde... les affaires et l'argent. Les Roumains eux espéraient autre chose... 

Quant aux Roms, la méconnaissance de ce peuple fragmenté et complexe couvrant les Manouches, les Romanichels, les Gitans, les Tziganes, les Bohémiens, etc. , tous ne s'acceptant pas pareillement, tous issus de l'Inde formant des groupes qui ont construit leur histoire et leur culture spécifique au fil des siècles et des pays traversés, les réduit bassement aux exactions qu'une partie minoritaire, même si elle est significative, entache de sa médiocrité. 

Le monde est complexe, le comprendre demande énergie, bienveillance (que je préfère à tolérance) et beaucoup, beaucoup de travail. Oui c'est épuisant, mais c'est le prix de la paix. Notre modernité nous confine à une fainéantise intellectuelle que les raisonnements simplistes de ces derniers jours nourrissent et valorisent. Non, définitivement non, les a priori ne constitueront jamais l'once d'un raisonnement. Tout juste relèvent-ils de croyances avec leurs excès et leurs intolérances. On appelle cela des religions, elles n'ont pas forcément besoin d'un Dieu... La boucle est bouclée.

vendredi 8 juillet 2016

REVUE DE PRESSE N°1 : RATP, une décision qui fait polémique

RATP : Une décision qui fait polémique

La direction de la RATP à annoncez une décision qui fait polémique auprès des voyageurs.
De notre envoyé spécial, quai de la Rapée à Paris, Damien Fournetoux, stagiaire


La direction de la RATP a annoncer dans un comuniqué que des travaux de remplacement des voies entre Nation et La Défense, des buts ronds le 23 juillet pour s’achever le 21 août au soir. Cette décision a fait polémique auprès des usagés okazionnels. Pour example, l’association toulousaine des usagés okazionnels du RER à vivement protestez de ne pas zavoir été consulter canto dates et à la nature des travaus. Dans un communiqué viru lent, son président insiste sur le fé que des voyage d’une importance Xtrême pour les familles, en pleine période de congés scolaires, pourrai taitre perturber. Il souligne que le hazard a voulu que les 4 membres de l’association n’avez rien prévu durant cette période mais ka se fier ainsi en permanance à la chance la régie courrent le risque d’allais droit dans le mur. 


Commentaires des internautes :

Stroumpf24 : C des gouttants, zauriez pu faire sa pandant les zaipruves du "bac à lauréats"

Fronti : Tout ça pour payer des vacances supplémentaires aux fonctionnaires

Trumpdelefant : C'est pas ça qui va baisser le prix du billet

Bakthiari93 : Grâce au RER, les habitants des logements sociaux peuvent aller à leur travail. Rénover le RER c'est encourager l'habitat social. Nous voterons contre cette décision. Hein ? Quoi ? On ne demande pas mon avis ? C'est un déni de démocratie !

Mélenchonbis : Une fois les travaux finis, qu'ils s'en aillent tous !

Rédempteur : J'ai ô moins compter 3 fotes d'orthographes  dans l'article. Faudrait voir à fer un nez fort !

Rep93 : Je roule en diesel, je pourrai même pas prendre ma voiture. Bravo la gauche !

Kachou : Je serai ce soir dans un appartement pour parler des problèmes de sécurité dans les transports.

Frondeur : Tous ensemble, tous ensemble, ouais ! ouais !









mardi 28 juin 2016

Démocratie ! A vos copies, vous avez deux heures !

Suivre celui qui cherche et fuir celui qui sait. Sage principe, difficile à appliquer par ces temps qui courent où sont si nombreux ceux qui croient savoir.

Il faut dire qu'essayer de comprendre le monde qui nous entoure relève de la gageure. Et pourtant, on allait voir ce qu'on allait voir. Syriza allait révolutionner la Grèce, l'Europe, la démocratie... Ses cousins indignés de la péninsule ibérique allaient faire de Podemos la première force politique de l'Espagne raflant parlements et cités...  Dans cette France qui se délite, mauvaise, à la traîne de tout, gouvernée par des incapables auxquels ne s'opposent que d'autres incapables, Nuit Debout allait nous conduire vers une sixième République à la démocratie participative renouvelée. Enfin les gouvernants vont se préoccuper des peuples ! Enfin la démocratie, la vraie, va triompher des abus de pouvoir et des malentendants politiques.

Chaque fois, ceux qui savent, journalistes et autres prélats du clergé médiatique, nous prédisent, nous décrivent, nous expliquent, nous disent le bien, le mal, comment les choses sont faites, par qui, pourquoi, ... On les a entendus lors du référendum sur la constitution européenne. On les a lus lors du référendum sur le Brexit. On les a vus lors des législatives espagnoles et grecques, etc. On ne sait même plus s'ils commentent la politique ou un match de foot. Entre la nouvelle gauche et l'extrême droite que l'on préfère nommer populiste, par peur sans doute de culpabiliser ceux qui s'y vautrent, quelle est l'équipe qui va créer la surprise ? C'est le scoop à ne pas manquer, la prochaine édition spéciale avec les experts en économie, en géopolitique, en politique internationale, directeurs d'instituts et de fondations politico-énoconomico-stratégiques pour confronter leurs avis éclairés sur le plateau du Playmobile ou dans les pages d'un Barbier qui est à Aristide Bruand avec son écharpe rouge ce que Danyel Gérard est à Bob Dylan avec son chapeau. .

2015 sera l'année de la nouvelle gauche titrait le très sérieux Courrier International en janvier de la même année. Un an et demi plus tard, Syriza digère en silence les couleuvres infligées par l'Eurogroupe. Podemos a perdu un million et demi de voix. Quant à Nuit Debout, le sort réservé à Finkielkraut autorise à se demander quelle opposition serait tolérée dans la 6ème République si chère à Jean-Luc Mélenchon. Et que dire de la consultation de Notre Dame des Landes à la légitimité contestée par des perdants dont on se demande quel discours ils auraient tenu s'ils avaient gagné ?

Et puisqu'il est devenu coutumier, quel que soit le bord politique, de convoquer le général pour sceller ses opinions, je le paraphraserai pour m'interroger sur cette démocratie que nous revendiquons :
Il faut prendre les choses comme elles sont car on ne fait pas de politique autrement qu'avec des réalités. Bien entendu on peut  sauter sur sa chaise comme un cabri en disant démocratie, démocratie, démocratie. Mais ça n'aboutit à rien et ça ne signifie rien. Je le répète, il faut prendre les choses comme elles sont. Et les choses telles qu'elles sont m'inspirent a minima quatre questions :

Demander l'avis du peuple suffit-il pour définir une démocratie ?

La majorité simple suffit-elle pour légitimer une décision ?

Ceux qui réclament plus de démocratie pour mieux se faire entendre prônent-ils la même démocratie pour que d'autres puissent se faire entendre ?

La somme des réponses motivées par des intérêts particuliers peut-elle répondre à une question d'intérêt général ?

Allez, c'est la période des examens, votre avis m'intéresse. 






dimanche 19 juin 2016

Politique en solde

Bientôt les soldes ! Ils suivront les promos de la fête des pères avec leurs perceuses à 30 % de réduction, elles-mêmes suivant celles de la fête des mères qui vous auront permis d’avoir un troisième tee-shirt offert en plus des deux achetés. Il y aura eu évidemment, entre temps, l’anniversaire du magasin avec ses 20 ou 30 % de réduction et les promotions successives qui vous feront bénéficier de 10, 15, 30, 50 % selon le motif. N’oublions pas non plus la carte de fidélité qui donne accès aux ventes privées qui n’ont de privé que le nom et à divers avantages tout au long de l’année. Ni les 3 mois offerts par la nouvelle compagnie d’assurance et la négociation possible des frais bancaires ou des taux d’emprunt. Enfin, si vous avez une carte vermeille ou de famille nombreuse, ou si vous êtes en dehors de la tranche 26 - 60 ans ou si vous voyagez en groupe ou si vous avez la chance d’avoir un projet de voyage à 45 jours, vous pourrez, là-aussi, bénéficier d’une réduction plus ou moins substantielle. Sinon, il y a toujours le billet OUIGO pour voyager à partir de 10 €. En admettant l’existence d’une improbable situation qui vous ferait passer au travers de toute forme de réduction, il vous reste le marchandage où la fraction payée en liquide dont bon nombre d’artisans (et de citoyens qui ne sont choqués que par les fausses factures des autres...) sont si friands.

En somme, pour échapper à la moindre réduction, c'est un peu comme pour rater le baccalauréat, il vous faut vraiment le faire exprès. Et si malgré tout, tel était le cas, peut-être devriez-vous participer à l’exhibitionnisme partouzard généralisé des réseaux sociaux pour faire un selfie avec votre ticket de caisse en main, histoire de marquer cet extraordinaire événement qui n’est pas à la portée de tout le monde. Buzz garanti !

Dans les esprits, le prix juste n'existe pas, il n'y a que le prix fort. On n'attire pas le client avec le prix juste, on l'attire avec de la promotion, des soldes, des réductions, des ventes privées qui lui font croire qu'il est un être privilégié. Soyez abonné chez un quelconque opérateur, pour vous remercier de votre fidélité, il vous  proposera de dépenser davantage mais à tarif réduit... du moins les 6 premiers mois.

Il en est de même de la parole politique. Personne ne sera jamais séduit par la parole juste, alors il faut inventer ce qui attirera l'électeur, le faire passer pour la personne privilégiée que l'on mettra directement ou indirectement au cœur du programme. Démagogie ou populisme, la méthode est la même. Le discours se réduit à des slogans et les directeurs de campagne se recrutent dans les agences publicitaires.

Qu'on ne s'y trompe pas, dans un cas comme dans l'autre, personne ne vend jamais à perte. Ne pas en tenir compte, c'est s'assurer à coup sûr de payer un jour le prix fort qui, lui, sera bien loin d'être juste.








samedi 21 mai 2016

La justice des salaires... une impression variable

Parmi les importants débats qui secouent notre bien aimée démocratie en ce moment, il en est un de taille qui va jusqu'à conduire notre Premier ministre et le ministre de l'Economie et des Finances à exposer leur divergence sur la place publique : faut-il légiférer pour interdire les indécentes rémunérations dont quelques grands patrons des fleurons de l'économie française sont les bénéficiaires ?

Même si la moitié de la population doute sincèrement que les indicateurs de santé de notre pays retrouvent la couleur des champs sous le soleil printanier, et l'autre moitié s'évertue à le nier tant elle serait contrariée que les choses s'améliorent avant la fin de l'actuelle législature (ce qui témoigne au passage de  la sincérité politique et de l'intérêt que ces gens ont pour les millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent cruellement d'une crise qui sévit depuis plus de 40 ans), on peut se réjouir de l'amélioration du quantitatif objectivement constatée ; le qualitatif, quant à lui, avec la perpétuation des inégalités, mérite un poil qu'on s'interroge. 

Qu'est-ce qu'une inégalité ? A priori, du point de vue salarial, on pourrait imaginer qu'il s'agit d'un manquement à la sainte règle : à travail égal, salaire égal. A laquelle sans doute, il faudrait ajouter : à responsabilité égale, salaire égal. Ajoutons à cela tout un tas d'autres facteurs, qui ne sauraient toutefois être "besancenotiens", qui affineraient la notion d'égalité, certes en la complexifiant, ce qui n'est pas trop dans l'air de notre temps simplificateur à excès, mais qui permettraient de se rapprocher de l'asymptote de justice (clin d’œil à mon matheux de frère émigré breton mâtiné vendéen).

Bref, je discutais de tout cela avec un ami qui, entre deux nuits debout devant sa télé, ne cessait d'éructer contre les 3, 4 millions d'euros empochés par Bernard Arnault au titre de LVMH en 2014 et les 15 millions d'euros du PDG du groupe Nissan Renault en 2015. Il joignait ainsi sa voix aux millions de Français scandalisés à juste titre et aux médias qui se sont largement fait l'écho de cette abominable aberration alors qu'on demande à tant de gens de se serrer la ceinture.

Le silence revint dans la pièce, la mi-temps était terminée, le match repris sous les bravos d'une foule en délire et de mon copain fanatisé. Je ne sais pas pourquoi il ne m'a toujours pas répondu quand je l'ai interrogé sur les 18 millions d'euros de pur salaire que touchait Zlatan Ibrahimovic, les 23 millions touchés par Tiago Silva en 2015 ... 

Ah ça y est ! J'ai trouvé la définition de l'égalité, celle de la justice mais, que Diable, je n'arrive pas à mettre la main sur celle de la décence...