mercredi 16 mai 2018

Quand la perfection tue

A maintes reprises, dans les posts précédents, j'ai convoqué Tocqueville qui considérait en substance que plus on réduit les inégalités, plus celles qui subsistent paraissent insupportables aux yeux des hommes. 

Ce caractère insupportable est aujourd'hui largement amplifié par les réseaux (a)sociaux et par une dialectique journalistique qui use et abuse des articles indéfinis laissant supposer une immense majorité là où il n'y a que de bruyants tapageurs. L'expression "fustigé par les internautes" n'a pas le même sens que "fustigé par des internautes" aussi nombreux puissent-ils être. On ne se préoccupe dans le premier cas que de ceux qui fustigent. Le deuxième devrait nous inciter à nous préoccuper également de ceux qui "ne fustigent pas" si l'honnêteté intellectuelle l'emportait sur les impératifs médiatiques qui imposent 45 secondes pour évoquer la genèse de l'univers. A la complexité des choses qui nécessite le temps pour la réflexion et l'intelligence, on choisit l'abandon au simplisme et à la superficialité des émotions.

Pour autant, si l'absence d'information permettait de passer l'inacceptable sous silence, le trop plein d'information conduit à faire un drame national de tout et n'importe quoi avec les dérives et le dévoiement du sens des choses que l'on connait. Une illustration de cela est l'organisation des "marches blanches" dont l'origine est un mouvement de protestation né en Belgique de parents de victimes de Marc Dutroux en particulier et de pédophiles en général. Aujourd'hui, toute violence ou inconséquence conduisant au décès d'une personne qualifiée d'innocente génère un défilé où déambulent sous l’œil faussement pudique des caméras, voisins et voisines, commerçants, retraités et inconnus divers, tous avec "le visage fermé" selon la formule consacrée, sans oublier les inévitables adolescentes exposant leur souffrance dans un enlacement affectueux autant que déchirant. S'ensuivront immanquablement les interviews qui ne tariront pas d'éloges sur les exceptionnelles qualités de la victime en limite de canonisation. Quant aux voisins et amis du coupable, ils ne manqueront pas de témoigner de la gentillesse de cette personne discrète, qui n'aurait jamais fait de mal à une mouche, qui disait bien bonjour et qui était toujours prête à rendre service.  L'aveuglant pathos, ce faux semblant de nos émotions légitimes, qui dégouline désormais de toute information, peut porter en affaire d'état n'importe quel dysfonctionnement par la seule importance de l'émotion qu'il provoque.

Néanmoins, nous arriverait-il parfois de reconnaître qu'il y a dans nos émotions indignées une forme de cette arrogance qu'on nous reproche tant à l'étranger ? Sans doute parce que nous savons que le SAMU reçoit 25 millions d'appels par an avec une extraordinaire efficacité de ses interventions menées par un personnel dévoué et empathique à toute heure du jour et de la nuit que des centaines d'appels insultant les opérateurs ont suivi l'affaire Naomie et que non pas une mais trois marches blanches sont organisées à Strasbourg, Paris et Valence. Sans doute est-ce parce que nous avons une confiance absolue dans notre capacité à protéger le pays contre toute attaque que lorsqu'un quidam dégénéré agresse des passants au couteau, puisse-t-il avoir été fiché parce qu'il avait côtoyé des gens bizarres, nous accusons d'incompétence et de négligence nos services de sécurité et nos gouvernants quels qu'ils soient en omettant le nombre considérable d'attentats étouffés dans l’œuf et sans que personne ne s'étonne de la contradiction qu'il y a dans le fait que des proches qui vivaient avec ou à côté de lui et le connaissaient parfaitement n'avaient eux-mêmes rien soupçonné. Et sans doute est-ce parce que nous avons ce regard condescendant sur les autres que nous n'écoutons qu'avec un air indifférent la litanie des attentats qui ont lieu ailleurs : 86 morts au Nigéria le 1er mai, 13 morts et 33 blessés en Afghanistant le 6 mai pour les plus récents et environ 700 tués et des blessés qui se comptent par milliers un peu partout y compris en Europe et aux Etats-Unis depuis le début de l'année. Les bombes ailleurs sont moins insupportables qu'une attaque au couteau ici.

Le monde médiatique, qu'il soit animé par des professionnels dans les salles de rédaction ou par tout un chacun sur les réseaux (a)sociaux, ne s'adresse qu'assez peu à l'intelligence des êtres pour conserver la juste hiérarchie des choses et la conscience du réel. Pour répondre à cette exigence toujours plus forte d'une société parfaite en tout et partout, l'humanité a choisi de consacrer ses efforts au développement d'une technologie destinée à palier ses insuffisances. On l'appelle Intelligence Artificielle. Elle conduit nos voitures, diagnostique nos maladies, anticipe nos maladies futures, établit nos ordonnances, choisit notre régime alimentaire, rythme nos activités sportives, décide pour nous ce qui est le mieux, place judicieusement notre argent, sélectionne la meilleure destination pour nos vacances et le meilleur hôtel ou terrain de camping au meilleur rapport qualité/prix après avoir réservé nos places dans l'avion. Tout n'est pas encore en place, mais au train  (oh, pardon, c'est un mot tabou en ce moment) à la vitesse où vont les choses dans un peu moins de vingts ans, cela aura déjà considérablement bouleversé notre environnement et même les conducteurs de locomotives ne seront probablement plus nécessaires. N'est-ce pas déjà le cas avec certaines lignes de métro ? Gageons que cette perfection ne nous conduira pas à une déshumanisation complète de notre planète. Aimer, c'est être sensible aux qualités de l'autre et ému par ses défauts. C'est quand on n'aime plus les défauts que l'on n'aime plus du tout. Sachons parfois goûter les imperfections de notre monde. Elles sont la preuve que nous sommes encore vivants... et humains.

mercredi 28 mars 2018

Gendarme ? Boucher ? Oubli ?

Depuis ces tout derniers jours, circule sur les réseaux sociaux le portrait de Christian Medves, chef boucher au Super U de Trèbes assassiné le 23 mars dernier avec le commentaire "Il n'était pas gendarme, mais boucher au Super U de Trèbes....Il ne faut pas l'oublier, lui et les autres victimes...."

Certes, s'il pleut et si Marine Le Pen dit qu'il pleut, on ne peut quand même pas la contredire sous le prétexte qu'elle affirme qu'il pleut. Toutefois, lorsque je vois circuler, y compris et peut-être surtout, sur des pages de mon cercle d'amis un document rédigé par un militant d'extrême droite tel que ce Jean Lacarrière, je m'interroge sur ce que ce contenu peut apporter comme information nouvelle ou pertinente qui puisse justifier une telle diffusion. Je relis : "Il n'était pas gendarme, mais boucher au Super U de Trèbes....Il ne faut pas l'oublier, lui et les autres victimes....". C'est vrai, le nom de ce gendarme est sur toutes les lèvres, porté par tous les médias et un hommage national lui est rendu. C'est vrai Christian Medves n'est pas gendarme mais boucher. Jean Mazières n'était ni gendarme ni boucher mais viticulteur à la retraite. Hervé Sosna n'était ni gendarme ni boucher ni viticulteur mais maçon à la retraite.  Cette distinction professionnelle justifie-t-elle qu'un hommage national ne soit rendu qu'au seul gendarme ? La perversité du texte laisserait sous-entendre en effet qu'il y aurait deux poids deux mesures et que les "petites gens" ne seraient pas traitées de la même façon. Qu'il y aurait une hiérarchie qui, d'un côté, porterait aux nues du Panthéon de l'Histoire un officier de gendarmerie et, de l'autre, qui abandonnerait aux limbes de la mémoire les anonymes comme vous et moi. Dans cette obsession permanente de toujours vouloir se distinguer, se placer à contre-courant du monde comme un veilleur éclairé qui alerterait la masse aveuglée par son émotion collective, on finit par dire et faire n'importe quoi. Aussi dramatique que cela puisse être, il y a ceux qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment et celui qui place sa vie en échange de celle d'une otage. Celui-là même qui est du côté normalement protégé, celui-là même qui, a priori, avait un risque bien moindre que tous les protagonistes présents y compris les hommes qu'il commandait. Il n'y a pas de hiérarchie de traitement, il n'y a que la différence entre des victimes et un combattant, qu'une inversion de trajectoire entre ceux qui n'ont pas eu le temps de fuir le meurtrier et celui qui a librement choisi de le rejoindre.

Non, Monsieur Medves ne sera pas oublié, pas plus que Messieurs Sosna, Mazières et Beltrame. Et bien que l'hommage national fut rendu au colonel de gendarmerie, tous furent cités par le chef de l'Etat, y compris Mireille Knoll. 

Mais parmi les victimes, il en est une, vivante mais blessée, sans espoir de cicatrisation. C'est Julie.

Elle non plus n'oubliera personne. Ni les uns, les victimes, parce que son nom aurait pu résonner parmi les leurs, ni l'autre, le gendarme, parce que grâce à lui, elle l'entend encore résonner dans la bouche de ceux qu'elle aime.

samedi 17 mars 2018

Marie, Joshua, François, Amina, Mohamed... contre Goliath

Incapable de traiter d'une question sociétale sans l'exploiter à son avantage en en faisant un buzz destiné à vendre du papier et de l'espace publicitaire, le clergé médiatique, qui n'a rien à envier à ce que fut en son temps la curie romaine, s'est emparé de l'affaire Weinstein de la façon la plus restrictive qui soit. Un peu comme s'il mettait de côté une partie du problème pour disposer les jours maigres d'une nouvelle grande cause à défendre comme un chien ronge son os.

De quoi parlons-nous ? En résumé, d'un puissant producteur de cinéma qui usait de son pouvoir de pousser ou d'interrompre des carrières pour soigner une libido que sa seule séduction était impuissante à satisfaire. Est-ce un problème d'hommes contre des femmes ? Oui bien sûr. Mais c'est d'abord et surtout le problème du puissant contre le faible. La lâcheté du fort qui ne craint pas les coups de plus faible que lui. Si, à l'instar des araignées, la grande majorité des hommes était plus petite que celle des femmes, si les femmes avaient la puissance musculaire capable de dominer des hommes chétifs, pas certain que, de ce fait, la claque dans la gueule soit d'origine XY. Puisse le légitime cri d'épouvante et d'indignation des agressions physiques et verbales faites aux femmes par la lâcheté d'hommes imbus de leur puissance et de leur pouvoir n'étouffe pas la solitude de toutes celles et de tous ceux qui subissent le joug d'autres puissants et d'autres puissantes mais qui, à l'instar des maladies orphelines, sont trop faibles et trop peu pour représenter une cause digne du Vatican médiatique.

On ne le répétera jamais assez : ne nous laissons pas aveugler par une technologie envahissante à l'évolution exponentielle qui nous conduit à concevoir une intelligence artificielle et qui nous ferait croire que notre mentalité est du même progrès. En dehors des quelques élites de la pensée qui ont éclairé le monde depuis Kapila, Aristote et Epicure, jusqu'à Bourdieu et Ricoeur et d'autres encore de ce monde en passant par Pascal, Rousseau et Spinoza et Schopenhauer, la mentalité globale des Hommes est encore d'un archaïsme préhistorique empêtrée qu'elle est dans des certitudes, des croyances et des superstitions qui l'affranchissent le plus souvent de la responsabilité de son destin. Le fort qui profite, agresse, écrase, manipule plus faible que lui n'est qu'un exemple parmi les manifestations les plus symboliques de cet archaïsme. C'est la violence en général qu'il faut combattre.

Ne nous leurrons pas, cette violence, quel que soit son costume physique ou verbal, n'est que le témoignage d'une impuissance, un voile posé sur une faiblesse plus fragilisante encore que celle de ses victimes. Elle n'est qu'un moyen de compenser une insuffisance qui confine au complexe. Le fort est un faible. La gifle veut combler l'absence de vocabulaire.

C'est l'intelligence qui a permis de vaincre Goliath. A n'en pas douter c'est l'éducation plus que la loi qui vaincra la violence.

mercredi 7 février 2018

Henri

Voilà plus d'un mois maintenant que je n'ai pas écrit sur ce petit lieu de rencontre devenu un rendez-vous familier autant que régulier pour beaucoup d'entre-vous. 

J'avais cessé. L'envie de livrer un amour, une indignation, un regard ou une révolte avec l'espoir aussi fou que prétentieux d'éveiller ou de nourrir quelque conscience en quête de sens s'était asséchée. Le désespoir l'avait emporté. Sans aucun doute, le reniement pour de bas calculs de la part de ceux à qui j'avais donné ma confiance aura ouvert cette brèche par laquelle je me vis Don Quichotte à l'assaut de moulins à vent. Je perçus la naïveté dont j'avais été empreint dans un combat inutile. J'avais cru à la volonté d'un peuple quand il ne s'agissait que de désirs de consommation pour une populace et de petites guéguerres de pouvoir pour quelques apparatchiks indéboulonnables. Je choisis donc de me retirer... doucement... sans bruit... sur la pointe des pieds pour me tourner plus discrètement vers la modernité. Alors pourquoi revenir aujourd'hui ?



Pardonnez-moi si je me détourne un instant de vous pour m'adresser à celui qui regonflait ma baudruche chaque fois qu'elle se flétrissait. A toi Henri, pour toi ces quelques mots, pour toi ce retour, ce regain de naïveté, de révolte, d'indignation et d'amour. Toi qui avais tant de tout cela, je guettais ta réaction à chacune de mes proses. Oh bien sûr, beaucoup furent encourageantes et flattaient mon ego. Mais il nous arrivait aussi d'engager des débats contradictoires lorsque nous nous croisions lors des réunions de groupe ou à d'autres occasions. Nous n'étions pas amis, du moins n'avions-nous pas cette intimité qui anoblit ce mot si galvaudé chez les adeptes des réseaux sociaux. Mais nous avions une complicité muette et j'avais pour toi une de ces affections inexplicables qui vient sans doute qu'entre deux êtres, parfois, on se reconnait avant de se connaître. Les jours d'élections, lorsque je m'échappais de mon bureau pour à mon tour faire mon devoir, je faisais toujours un détour pour te saluer dans celui que tu tenais, toujours en famille, tant votre fusion s'épanouissait dans un militantisme commun. Autour de toi, ta fille, élue municipale comme tu le fus jadis, et ta petite-fille. Trois générations dans un même élan républicain. Toi qui savais que Dieu était une fable inventée par l’orgueil des hommes pour les consoler d'un éphémère qu'ils n'admettaient pas et résoudre ce qu'ils ne comprenaient pas, tu auras montré qu'il suffit de transmettre pour gagner sa place dans l'éternité.

Avec ta gouaille, tu aurais pu tenir un clandé entre Gabin et André Pousse. Tu n'aurais pas dénoté. Sous des accents peints par Audiard, tu te revendiquais socialiste, depuis toujours. Et tu l'étais. Le socialisme coulait dans tes veines et structurait ton ADN. Pour toi, le socialisme n'était pas un parti. Il était au-delà. Il était une valeur au point que tu abhorrais ces judas prêts à toutes les compromissions pour rejoindre le giron de ceux qui les avaient exclus. Ils ont même applaudi entre deux courbettes, en d'autres douloureuses circonstances, le maître de la cérémonie de leur rejet.

Respect Henri ! Pour toi, je reprendrai peut-être le chemin du combat en faisant fi de sa naïveté. Et chaque soir, les yeux portés vers le ciel, je soignerai mon cholestérol en jetant dans la petite poubelle de table SEPUR que tu m'avais offerte, tant la gestion des déchets était une de tes expertises, les cosses de cacahuètes et autres pistaches dont je me délecte. 

Merci d'avoir croisé mon chemin et de t'être arrêté quelques instants pour me prêter attention. Adieu l'ami ou peut-être à bientôt, l'avenir est si incertain. 

Et pour conclure, vous qui ne l'avez pas connu, je vous offre cet extrait d'un merveilleux film de Chabrol dans lequel Henri aurait fait un magnifique Noël Roquevert... ou l'inverse.

Cliquez ici et regardez l'extrait jusqu'à son terme.



mercredi 20 décembre 2017

Ma France


J’ai connu bien des présidents et bien des gouvernements.
J’ai combattu le plus grand nombre. Il y en eut même un, sorti d’une bande dessinée, fils des amours d’Astérix et de Louis de Funès qui me couvrit de cette gêne qui s’apparente parfois à de la honte.

J’ai combattu bien des mesures, je me suis indigné bien des fois en arpentant le pavé parisien.
J’ai hurlé, vociféré, contre ces élus, mais aussi tant et tant de fois contre ce peuple tricheur, voleur, menteur qui exige chez l’autre la probité qu’il n’a pas chez lui.

Et pourtant, malgré tous mes combats, malgré tous mes désespoirs, j’ai toujours conservé la fierté d’être de cette France que je n’abandonnerai pour rien au monde, pas plus que je ne la dénigrerai, ni ne la salirai ni ne la mépriserai aux yeux de qui la regarde.

Aussi, quand je lis « Quel beau pays, vraiment ! » aux suites d’une indignation peut-être légitime peut-être pas, tant est friable le ciment né du bon sentiment, je reçois de l'auteur tout le mépris, le rejet et l’écœurement que lui inspire la patrie dont il n’a sans doute qu’une définition guerrière.

A ce moment-là, j’ai mal, j’ai mal comme un père souffrant de l’irrespect ingrat de son enfant.

lundi 27 novembre 2017

Harcèlement : David contre Goliath

Formidable !!!! Les médias vont nous démontrer une fois encore qu’ils auront été les porte-drapeaux de la liberté, de la démocratie, des valeurs républicaines, de l’humanisme, etc. J’en passe et des meilleurs, quand il s’agit de s’auto-congratuler, ils sont intarissables.

Les voilà qui regorgent de témoignages, partout, dans tous les milieux (sauf le leur évidemment puisque c’est bien connu, aucune salle de rédaction, du moins française, n’a jamais rien vécu de tel). Témoignages délivrés aux esprits pervers qui se délectent, l'air offusqué, des agressions sexuelles subies par telle ou telle personnalité du monde du spectacle, des affaires et même de la politique. Témoignages enfin recueillis grâce à des enquêtes approfondies dont seuls nos médias ont le secret. C’est à celui qui publiera le plus gros dossier, voire le plus sordide, présenté dans des premières pages ou des annonces audio-visuelles, toutes plus racoleuses les unes que les autres, dénuées, on vous le garantit la main sur le cœur, de tout esprit mercantile. 

Fallait-il pourtant que la chose soit si rare ou si discrète pour qu’elle ait eu droit autrefois à si peu de place dans les colonnes, les studios radiophoniques ou sur les plateaux de télévision ?

Lorsque Madame Tout-le-monde subissait les affres de Monsieur Machin, l’histoire méritait au mieux un encart dans le journal local parce qu’il s’agissait de la petite serveuse de la boulangerie que le maître des lieux avait pétri dans son fournil. Cela pouvait intéresser les gens du village qui venaient chercher leur pain et leurs petits gâteaux chez maître Machin. Les dames n’étaient pas surprises tant elles trouvaient un drôle de genre à cette petite qui l’aura sans doute bien cherché. Quant aux messieurs qui prenaient chacun de ses sourires pour une invitation au fantasme, la nouvelle ne fera que leur confirmer que cette gamine était une sacrée petite aguicheuse tout en regrettant secrètement de n’avoir plus aucun espoir d’en profiter un jour. Mais ce qui est scandaleux, c'est que Monsieur Machin est aussi maire du village. Car l’information importante n’est pas que Monsieur Machin ait satisfait son désir libidineux en abusant de sa force masculine et de son pouvoir de patron. Non, l’information importante est que ce soit Monsieur Machin, notable du village, qui est l’auteur du forfait. L’information captivera les gens du village et sans doute intéressera-t-elle ceux qui pensent que tous les élus sont des vauriens. Pour le reste, on évacuera l'information d'un revers de la main avec un sourire dédaigneux. 

Il y a pourtant tant d’autres femmes de chambre dans d’autres hôtels, tant d’autres comédiennes, d’autres secrétaires, fermières, ouvrières, cadres, fonctionnaires, policières, enseignantes, élèves… la liste est longue, trop longue pour être exhaustive ici et de toute façon trop longue tout simplement. Mais c’est ainsi, le fait importe moins que son auteur. Rendons grâce au star-système. S’il n’y avait pas de victimes ou de coupables VIP, on continuerait de passer sous silence ou de traiter dans une déplorable banalité la violence faite aux anonymes.

Mais c’est désormais fini. On prend le problème à bras le corps. On a trouvé un truc qui marche bien. On s’en remet aux autorités, au gouvernement, etc. Ils feront des clips, ils ordonneront des séances dans les écoles (ils trouveront bien une ou deux victimes pour venir témoigner), ils l’inscriront dans le programme de formation des nouveaux enseignants, ils organiseront des stages de formation continue pour les autres, ils créeront des numéros d’urgence, et surtout, ils ouvriront des lignes budgétaires pour expliquer que la femme est l’égale de l’homme parce lorsque cette notion sera acquise par tous, on aura résolu la violence faite aux femmes.

Evidemment, il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que ce préalable nous inscrit sur le chemin du respect dû aux femmes. Mais je vous fiche mon billet qu’il y a moins de probabilité pour Emilie Andéol, championne olympique de judo, 1m70 pour 97 kg, de subir des attouchements sans son consentement que pour la chanteuse Alizée. Comme je vous fiche mon billet que la probabilité sera plus faible pour une supérieure hiérarchique de subir des attouchements sans son consentement de la part d’un de ses subordonnés que l’inverse.

Alors ? Alors m’est avis qu’il est plus que temps de rappeler que l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 ne relève pas seulement de la responsabilité des gouvernants mais de tout un chacun. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, et ils ne manquent pas par les temps qui courent, je me permets de le rappeler ci-dessous et de mettre en évidence ce qui relève de notre responsabilité collective et individuelle :
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."
Ce que nous vivons à travers ces agressions, toutes plus méprisables les unes que les autres, n’est pas seulement l’agression d’un genre sexuel envers un autre, c’est l’abus d’un pouvoir exercé par le fort sur le faible. C’est une atteinte aux droits humains qui doit être punie comme telle.

J’ai ouïe dire que certains ne pouvaient aborder le sujet avec des enfants parce qu’ils n’avaient pas été formés pour cela. Je veux les rassurer. Ma mère et mon père, issus de milieux qu’on pourrait qualifier de pauvres, ont très bien su expliquer à leurs deux fils que le respect de l’autre, quel qu’il soit, était la première des conditions pour revendiquer son appartenance à l’humanité. 

D’aucuns appelleraient cela le savoir-vivre. C'est à vous, à nous, à moi qu'il appartient de faire de David le vainqueur. Cela porte aussi le nom d'éducation.

samedi 11 novembre 2017

Et cette écharpe ? Elle se porte comment ?

Allez, un peu d'éducation civique en ce jour de commémoration !

Vous êtes sans doute nombreux à avoir observé vos représentants, parlementaires ou élus locaux, porter l'écharpe tricolore. Comme vous êtes français, vous avez donc certainement porté un jugement en vous moquant des uns et des autres parce qu'évidemment, vous même vous ne savez pas comment ça se porte mais vous savez quand même. En plus, si vous avez vu votre maire (que vous détestez) à côté de votre député (que vous méprisez) ne pas porter l'écharpe de la même façon, vous n'aurez pas manqué de gloser vertement cette lamentable incompétence : "regarde-les tous les deux, les couleurs ne sont mêmes pas dans le même sens. Tout ça pour dire qu'ils sont pas du même bord ! J'te jure ces politiques, tous les mêmes, plus soucieux de leurs privilèges que de bien représenter la France !" Fermez le ban !

Allez, ravalons notre fiel et gardons-le pour le livrer à bon escient.

Le maire et les parlementaires (députés et sénateurs) portent une écharpe avec glands à franges d'or. 
Les adjoints et les conseillers municipaux (dans des circonstances bien définies) portent une écharpe avec glands à franges d'argent.

L'écharpe se porte de l'épaule droite vers la hanche côté gauche.

Et là, accrochez-vous !

Le rouge est près du col pour les parlementaires tandis que c'est le bleu pour les élus locaux !

Inutile donc, en pareilles circonstances, de vous moquer de vos élus... même si c'est devenu à la fois une mode et un sport national.  Sauf si, maintenant que vous savez, ils se sont vraiment trompés. Mais n'oubliez pas que seul celui qui n'a jamais péché peut jeter la première pierre...