lundi 27 novembre 2017

Harcèlement : David contre Goliath

Formidable !!!! Les médias vont nous démontrer une fois encore qu’ils auront été les porte-drapeaux de la liberté, de la démocratie, des valeurs républicaines, de l’humanisme, etc. J’en passe et des meilleurs, quand il s’agit de s’auto-congratuler, ils sont intarissables.

Les voilà qui regorgent de témoignages, partout, dans tous les milieux (sauf le leur évidemment puisque c’est bien connu, aucune salle de rédaction, du moins française, n’a jamais rien vécu de tel). Témoignages délivrés aux esprits pervers qui se délectent, l'air offusqué, des agressions sexuelles subies par telle ou telle personnalité du monde du spectacle, des affaires et même de la politique. Témoignages enfin recueillis grâce à des enquêtes approfondies dont seuls nos médias ont le secret. C’est à celui qui publiera le plus gros dossier, voire le plus sordide, présenté dans des premières pages ou des annonces audio-visuelles, toutes plus racoleuses les unes que les autres, dénuées, on vous le garantit la main sur le cœur, de tout esprit mercantile. 

Fallait-il pourtant que la chose soit si rare ou si discrète pour qu’elle ait eu droit autrefois à si peu de place dans les colonnes, les studios radiophoniques ou sur les plateaux de télévision ?

Lorsque Madame Tout-le-monde subissait les affres de Monsieur Machin, l’histoire méritait au mieux un encart dans le journal local parce qu’il s’agissait de la petite serveuse de la boulangerie que le maître des lieux avait pétri dans son fournil. Cela pouvait intéresser les gens du village qui venaient chercher leur pain et leurs petits gâteaux chez maître Machin. Les dames n’étaient pas surprises tant elles trouvaient un drôle de genre à cette petite qui l’aura sans doute bien cherché. Quant aux messieurs qui prenaient chacun de ses sourires pour une invitation au fantasme, la nouvelle ne fera que leur confirmer que cette gamine était une sacrée petite aguicheuse tout en regrettant secrètement de n’avoir plus aucun espoir d’en profiter un jour. Mais ce qui est scandaleux, c'est que Monsieur Machin est aussi maire du village. Car l’information importante n’est pas que Monsieur Machin ait satisfait son désir libidineux en abusant de sa force masculine et de son pouvoir de patron. Non, l’information importante est que ce soit Monsieur Machin, notable du village, qui est l’auteur du forfait. L’information captivera les gens du village et sans doute intéressera-t-elle ceux qui pensent que tous les élus sont des vauriens. Pour le reste, on évacuera l'information d'un revers de la main avec un sourire dédaigneux. 

Il y a pourtant tant d’autres femmes de chambre dans d’autres hôtels, tant d’autres comédiennes, d’autres secrétaires, fermières, ouvrières, cadres, fonctionnaires, policières, enseignantes, élèves… la liste est longue, trop longue pour être exhaustive ici et de toute façon trop longue tout simplement. Mais c’est ainsi, le fait importe moins que son auteur. Rendons grâce au star-système. S’il n’y avait pas de victimes ou de coupables VIP, on continuerait de passer sous silence ou de traiter dans une déplorable banalité la violence faite aux anonymes.

Mais c’est désormais fini. On prend le problème à bras le corps. On a trouvé un truc qui marche bien. On s’en remet aux autorités, au gouvernement, etc. Ils feront des clips, ils ordonneront des séances dans les écoles (ils trouveront bien une ou deux victimes pour venir témoigner), ils l’inscriront dans le programme de formation des nouveaux enseignants, ils organiseront des stages de formation continue pour les autres, ils créeront des numéros d’urgence, et surtout, ils ouvriront des lignes budgétaires pour expliquer que la femme est l’égale de l’homme parce lorsque cette notion sera acquise par tous, on aura résolu la violence faite aux femmes.

Evidemment, il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas admettre que ce préalable nous inscrit sur le chemin du respect dû aux femmes. Mais je vous fiche mon billet qu’il y a moins de probabilité pour Emilie Andéol, championne olympique de judo, 1m70 pour 97 kg, de subir des attouchements sans son consentement que pour la chanteuse Alizée. Comme je vous fiche mon billet que la probabilité sera plus faible pour une supérieure hiérarchique de subir des attouchements sans son consentement de la part d’un de ses subordonnés que l’inverse.

Alors ? Alors m’est avis qu’il est plus que temps de rappeler que l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 ne relève pas seulement de la responsabilité des gouvernants mais de tout un chacun. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, et ils ne manquent pas par les temps qui courent, je me permets de le rappeler ci-dessous et de mettre en évidence ce qui relève de notre responsabilité collective et individuelle :
"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité."
Ce que nous vivons à travers ces agressions, toutes plus méprisables les unes que les autres, n’est pas seulement l’agression d’un genre sexuel envers un autre, c’est l’abus d’un pouvoir exercé par le fort sur le faible. C’est une atteinte aux droits humains qui doit être punie comme telle.

J’ai ouïe dire que certains ne pouvaient aborder le sujet avec des enfants parce qu’ils n’avaient pas été formés pour cela. Je veux les rassurer. Ma mère et mon père, issus de milieux qu’on pourrait qualifier de pauvres, ont très bien su expliquer à leurs deux fils que le respect de l’autre, quel qu’il soit, était la première des conditions pour revendiquer son appartenance à l’humanité. 

D’aucuns appelleraient cela le savoir-vivre. C'est à vous, à nous, à moi qu'il appartient de faire de David le vainqueur. Cela porte aussi le nom d'éducation.

samedi 11 novembre 2017

Et cette écharpe ? Elle se porte comment ?

Allez, un peu d'éducation civique en ce jour de commémoration !

Vous êtes sans doute nombreux à avoir observé vos représentants, parlementaires ou élus locaux, porter l'écharpe tricolore. Comme vous êtes français, vous avez donc certainement porté un jugement en vous moquant des uns et des autres parce qu'évidemment, vous même vous ne savez pas comment ça se porte mais vous savez quand même. En plus, si vous avez vu votre maire (que vous détestez) à côté de votre député (que vous méprisez) ne pas porter l'écharpe de la même façon, vous n'aurez pas manqué de gloser vertement cette lamentable incompétence : "regarde-les tous les deux, les couleurs ne sont mêmes pas dans le même sens. Tout ça pour dire qu'ils sont pas du même bord ! J'te jure ces politiques, tous les mêmes, plus soucieux de leurs privilèges que de bien représenter la France !" Fermez le ban !

Allez, ravalons notre fiel et gardons-le pour le livrer à bon escient.

Le maire et les parlementaires (députés et sénateurs) portent une écharpe avec glands à franges d'or. 
Les adjoints et les conseillers municipaux (dans des circonstances bien définies) portent une écharpe avec glands à franges d'argent.

L'écharpe se porte de l'épaule droite vers la hanche côté gauche.

Et là, accrochez-vous !

Le rouge est près du col pour les parlementaires tandis que c'est le bleu pour les élus locaux !

Inutile donc, en pareilles circonstances, de vous moquer de vos élus... même si c'est devenu à la fois une mode et un sport national.  Sauf si, maintenant que vous savez, ils se sont vraiment trompés. Mais n'oubliez pas que seul celui qui n'a jamais péché peut jeter la première pierre...

samedi 21 octobre 2017

Le prix du silence

Allez, je vous la fais façon kachouri : 
"Vous avez été très nombreux à me demander les raisons de mon silence et je vous en remercie. J'en ai été profondément ému. Je connais les attentes des millions de lecteurs qui viennent nourrir leur réflexion à la lumière de mon génie politique. Bla bla bla...". 

Bon, je m'arrête-là parce que si je devais aller au bout de l'imitation, je devrais couvrir mon propos de médiocrité et, malgré mon humilité légendaire, je ne saurais m'y résoudre. Comme dit Erik Satie : "moi, pour la modestie, je ne crains personne.

Pauvre kachouri qui ne se souvient qu'il est conseiller municipal que lorsqu'il reçoit une convocation
pour aller voter aux sénatoriales en lui rappelant que s'il ne le fait pas il devra allonger 100 euros d'amende. Comme quoi, quand on fait appel au portefeuille, même les plus réfractaires retrouvent leurs devoirs civiques. On devrait faire la même chose pour qu'il assiste au conseil municipal ou aux commissions auxquelles il est inscrit. Du fait de son absence, son groupe ne participe pas "aux débats" et ne peut donc jouer son rôle à la fois d'opposant, de proposition et de contrôle. Monsieur kachouri qui se vante auprès de qui veut bien l'entendre d'une compétence aiguisée et d'une expérience approfondie en matière de sécurité aurait été bien inspiré de ne pas se faire, de cette façon, le complice d'une politique et de pratiques qu'il dénonce par ailleurs. C'est d'autant plus dommage que le président de ladite commission "sécurité" n'est pas réputé pour son sens de la démocratie, de l'écoute et de la bienveillance. Il ferait plutôt partie de ceux à qui il est préférable de ne pas trop laisser la bride sur le coup. Mais bon, c'est comme ça, quand l'intérêt personnel prévaut sur l'intérêt général, on en oublie jusqu'à ses devoirs les plus fondamentaux.

Tiens, d'ailleurs, puisqu'on parle de cela. Combien de fois ai-je évoqué ici, et ailleurs, le discours de la servitude volontaire, rédigé au 16° siècle par Etienne de la Boétie à l'âge de 17 ans... Je sais, ça laisse rêveur quand on lit les épreuves du bac mais là n'est pas la question. De quoi parle-t-on ? Nous parlons d'une société dans laquelle le bien commun n'est ni une valeur reconnue ni une responsabilité partagée. Nous parlons d'un consumérisme qui donne le nom de charge à ce qui est une cotisation, qui dit qu'un divertissement animé par Cyril Hanouna est un produit culturel, qui pense que ridiculiser une personnalité en public est de l'humour et qui, au nom du refus de la délation s'interdit de dénoncer un violeur. Affaire Weinstein, Harvey Weinstein, un des plus importants producteurs et distributeur du monde cinématographique mondial. Plus de cinquante femmes, actrices, mannequins, journalistes l'accusent de harcèlement, d'agression sexuelle et même de viol. "Tout le monde savait !" ne cesse-t-on de dire, "tout le monde savait depuis des années !". Ah quel joli monde que ce monde médiatique, si capable de dénoncer le moindre écart à la morale ou à la loi d'un responsable politique quelconque en jurant ses grands dieux qu'il ne répond à aucune volonté partisane ou malfaisante venant de qui que ce soit et incapable durant des décennies de dénoncer des prédateurs sexuels comme Weinstein que "tout le monde connaissait". Mais il faut dire à sa décharge qu'Harvey Weinstein avait l'immense pouvoir de l'argent et de l'influence. Il pouvait faire et défaire une carrière faite de paillettes... et de poudre. Ça calme les envies d'affrontements et les ardeurs des convictions quand on fait partie du même milieu. Combien d'Harvey Weinstein ? Et depuis combien de temps ? 30 ans ? 50 ans ? Un siècle sans doute. Mais il y a prescription. Au-delà d'un certain temps ce n'est plus un crime ou un délit, pas même une faute, c'est un charme que l'on décrit dans les livres d'Histoire. Que ne dirait-on de Victor Hugo s'il vivait en 2017 ? 
Et maintenant c'est haro sur les réseaux sociaux et ailleurs. Tout le monde sort sa tondeuse. C'est le temps des règlements de compte, c'est le temps de l'épuration où les jalousies, les rancœurs, les frustrations se mêlent aux vrais drames, aux viols réels, aux agressions vécues. Mais où était-il durant toutes ces années ce monde médiatique au Canard si prompt à se déchaîner avec une cruauté sans égale sur de possibles emplois fictifs, des cotisations non payés, des coûts immobiliers sous-évalués et si étrangement absent pour dénoncer ce que "tout le monde savait" et pis que cela, pour dénoncer ceux qui savaient et qui se sont tus.

Vers 1548, un adolescent du nom d'Etienne de la Boétie, écrit un discours de la servitude volontaire qui justifie les dominants par la complicité des dominés. C'est le serviteur qui fait le maître. Quelques siècles plus tard, un autre génie, Albert Einstein, écrira : "Le monde est dangereux à vivre! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire". 
La collusion du journalisme avec les pouvoirs quels qu'ils soient n'est jamais bonne pour la démocratie dit-on. Pas certain qu'en étant devenu une succursale du show-business, on y ait beaucoup gagné.

dimanche 6 août 2017

La trahison médiatique par excès de médiocrité

Un jour viendra où on mesurera combien le monde médiatique aura été le plus grand destructeur de la démocratie en générale et du débat démocratique en particulier. Aucun élu, aucun dictateur ne lui aura fait plus de mal et de façon aussi insidieuse.
Il n'existe aucun remède, aucune forme possible de résistance. Il faudrait que chacun d'entre-nous s'en empare et cette simple idée est déjà illusoire. Il n'est malheureusement rien d'autre que crier individuellement dans un désert sans écho.
Il n'y a pas de révolution possible contre la dictature médiatique. Et de ce point de vue, Victor Hugo n'a jamais eu tant raison lorsqu'il avançait que "la populace ne fait que des émeutes, pour une révolution, il faut un peuple."

Que les adeptes de tous poils de la théorie du complot ne s'excitent pas, la dictature médiatique n'est pas le résultat d'une organisation de quelques puissants qui voudraient s'arroger un pouvoir. La pire erreur stratégique est de se tromper d'adversaire. La dérive médiatique à laquelle nous assistons (et à laquelle nous contribuons) est juste l'emballement d'un extraordinaire outil désormais aux mains des médiocres. Le vrai risque est là et on a déjà dépassé ce stade tant le processus est déjà enclenché : une espèce de grand ordinateur créé pour servir l'humanité, disposant de tout pour lui permettre d'être maîtresse de son destin, qui s'emballe, qui n'est plus maîtrisé et qui se retourne contre ses créateurs sans la moindre motivation qui puisse justifier ce revirement. Le vrai drame de notre société, son vrai cancer qui la détruira, c'est l'avènement de la médiocrité. C'est TF1, C8, BFM, Cyril Hanouna, les Marseillais à Miami, les gros titres simplistes, l'utilisation irraisonnée des articles définis à la place des articles indéfinis en disant que les Français refusent ou veulent ou sont choqués plutôt que des Français refusent ou veulent, etc. C'est la banalisation de tous les superlatifs où un film, un album ou un roman est qualifié d'événement avant même sa sortie. C'est la toile qui s'affole ou les twittos qui s'énervent parce que dix mille excités anonymes courageusement cachés derrière leurs pseudonymes se sont mis à vociférer leurs insultes étouffant les millions, plus discrets, qui agissent, font, construisent. On veut faire croire que ceux qui gueulent le plus fort sont les plus nombreux et détiennent nécessairement la vérité. Comme on anthropomorphise les animaux, on torture les règles de la rhétorique en collant du pathos dans tous les raisonnements, de la sensiblerie à coups de pseudo morale à toutes les sauces au point d'apprécier les lois et ceux qui les portent à la seule lumière du bien et du mal. Non, notre manipulation n'est pas le fruit d'une volonté supérieure (même si elle existe localement au bénéfice d'intérêts particuliers), elle est juste la conséquence de la médiocrité qui envahit toute notre société à tous les niveaux et dans le moindre de ses rouages. 

Ne nous leurrons pas. La grande masse n'aspire pas à élever son niveau de conscience. L'assurance de la verdure de son pré qu'elle pourra brouter à souhait en regardant passer les trains lui suffit. Il n'est aujourd'hui que des revendications de consommateurs politiquement habillées pour les rendre honorables. 

A l'instar du réchauffement climatique dont l'inertie est telle qu'on ne peut plus espérer aujourd'hui que son ralentissement, la démocratie est vouée à disparaître. C'est déjà un enfant mort-né ou trop moribond pour espérer le sauver. Chacun en veut les bénéfices mais en refuse les responsabilités. L'avenir de notre société s'écrira avec une partie de la population souterraine, faite de délinquance et de beuveries, une immense majorité qu'il suffira de satisfaire à coups de plaisirs virtuels et de machines à rêves et une élite minoritaire mais dominatrice. 

La domination de la masse par quelques uns ne sera pas le projet de ces quelques-uns mais le simple résultat de notre fainéantise intellectuelle alimentant une médiocrité consentie par tous. Ce qui est étonnant, c'est de voir combien les chantres du combat anti-système sont parmi les plus grands complices de cet état de fait. Mais ceci est une autre histoire...




mercredi 19 juillet 2017

L'indéfini progrès

Lorsque j'étais enfant, la seule discipline scolaire qui me passionnait était l'étude du Français. On m'a empêché de poursuivre dans cette voie parce que je n'étais pas assez bon... en maths. Du coup j'ai fait des études scientifiques. 

Ne cherchez pas à comprendre, l'éducation nationale avait déjà entamé sa descente pour la conduire là où nous la voyons aujourd'hui. Pas certain qu'on puisse espérer beaucoup d'amélioration tant une politique n'existe que par ceux qui la mettent en oeuvre et la font vivre. Et là, entre les directeurs de tous poils, les inspecteurs généraux de l'éducation nationale (IGEN), les inspecteurs généraux de l'administration de l'éducation nationale (IGAEN), les recteurs, les inspecteurs d'académie (IA), les inspecteurs pédagogiques régionaux (IPR), les inspecteurs de l'éducation nationale (IEN), les proviseurs, les principaux, les professeurs, les professeurs des écoles, les parents, les élèves et j'en oublie... ça ne va pas être simple pour que chacun, à son niveau, fasse au moins ce qui lui est demandé de faire surtout dans une société où la désobéissance et le dénigrement en place publique sont érigés en signe d'autonomie constructive visant à défendre l'intérêt général au mépris d'une discipline qui serait sclérosante. Même le frère de sa Seigneurie Philippe de Villiers, tout aussi fervent catholique que son aîné et, entre autre, chef d'Etat-Major des armées démissionnaire, passe pour un rebelle au service de la nation en usant des micros pour marquer son désaccord. On peut toutefois comprendre que, venant du patron de celle qui se fait appeler "la grande muette", cela chauffe un peu le chef dudit patron qui, de ce fait, n'a plus de raison de calmer ses nerfs en privé. Mais, selon la conscience collective qui ne se nourrit que du médiatiquement digéré, puisqu'il est général, il est compétent et donc ce qu'il dit est forcément juste. La preuve c'est qu'on invite des experts généraux compétents en retraite pour commenter les commentaires du général d'active qui, de toute façon, était au bord de la retraite et ne devrait donc pas tarder à devenir à son tour expert compétent dans les diverses rédactions. Les anciens sportifs commentent les compétitions sportives, les anciens militaires commentent les compétitions militaires. Jusque-là, tout est normal. Il contredit vertement le président, c'est donc lui qui a raison puisque le président est un politique qui, par définition, n'y connait rien et à tort face aux... experts compétents. D'autant que celui-là est jeune et brillant et qu'il ne se laisse pas faire. On se plaignait du précédent qu'on qualifiait de gros tout mou, voilà que maintenant on se plaint de l'autorité du suivant qu'on qualifie de Jupiter. Vous ne vous trompez pas, vous êtes bien en France où la météo est toujours au-dessus ou en-dessous des normales de saison. Comme disait pourtant Clemenceau : "la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires". 
Les médias deviendraient-ils le passage obligé pour contourner les voies démocratiques ou les réunions dans les bureaux ? On pourrait se le demander et surtout, peut-être et même surement, s'en inquiéter. D'autant que tout le monde se fout éperdument de savoir si le choix de réduction du budget des armées la première année du quinquennat tout en gardant le cap des 2% du PIB en 2025 est valable ou pas. La seule chose qui importe est le conflit  en place publique entre le président et son chef d'Etat-Major. Il aurait pu porter sur le prix des carottes sur le marché de Saint Foin la Castade, dans six mois, plus personne n'en parlera et ceux qui s'en souviendront en auront oublié la cause depuis belle lurette.
Mais revenons à l'objet de ma modeste pensée qui m'a conduit à saisir mon crayon pour écrire au clavier. Je m'étais inscrit sur Facebook pensant que, malgré tout, on pouvait y construire un espace de débat respectueux et favorable à la réflexion. Erreur ! J'avais oublié, à l'inverse du général précité, mon aversion pour l'affichage public de mes divergences avec mes proches (amis ou familles) plus encore lorsque celles-ci sont exprimées vertement pour n'utiliser qu'un euphémisme. Je note d'ailleurs au passage, la délicatesse de ceux qui prenaient la peine de m'en faire part en messages privés. Fort étonnamment, contrairement aux autres, ils s'exprimaient en outre avec courtoisie et délicatesse. C'est sans doute ça l'amour, le vrai. Celui de cultiver l'empathie qui invite à ne pas tenter de blesser publiquement pour le seul plaisir de faire un bon mot ou de marquer par la verve la pertinence de son propos oubliant parfois qu’impertinence ne vaut pas toujours pertinence (une affectueuse pensée pour toi ma sœurette qui a cette délicatesse rare).

Hors l'égout verbal et intellectuel que forment en bonne part les réseaux sociaux où se côtoient volontiers les délateurs anonymes à l'insulte proférée avec courage derrière de ridicules pseudonymes, j'ai retenu une autre leçon qui me renvoie aux cours préférés de mon enfance. L'utilisation des articles définis au mépris des articles indéfinis. Après quelques jours de la disparition d'une grande dame qui avait préféré l'action aux mots pour la défense de la cause féminine, combien sont-elles à avoir dénoncé l'infernal machisme de l'expression "les droits de la femme" lui préférant de loin "les droits des femmes" marquant ainsi la singularité de chacune. Combien sont-ils à refuser les connotations infâmes que l'on colle abusivement à : les fonctionnaires, les policiers, les enseignants, les médecins, les élus... Chaque fois pour accuser, jamais pour encenser. Quelles seraient alors les lectures de nos arguments en toutes choses si nous avions la prudence, la finesse, l'acuité d'évoquer des fonctionnaires, des policiers, des enseignants, des médecins, des élus, ... ? Ne serait-ce pas déjà un premier pas vers l'acceptation, la compréhension, l'intégration de la complexité dans notre appréciation des choses ? Ne serait-ce pas la voie vers la recherche de solutions appropriées, différenciées, tenant compte du global comme du local ? Ne serait-ce pas enfin, l'acceptation que le parfait n'existe pas et que la lacune n'est pas forcément un manque qui remet en cause la validité de la règle mais au contraire un axe de progrès qu'il faut explorer et combler ?  Ne serait-ce pas le moyen de vaincre la déprime que nourrit l'imperfection du monde par l'enthousiasme d'avoir encore à l'améliorer ? Considérer que l'imparfait n'est qu'un parfait en devenir et qu'il n'appartient qu'à nous de le corriger. Ne serait-ce pas finalement le moyen de muer l'impuissance de ce désespoir quotidiennement entretenu en un stimulant espoir, si tant est que nous comprenions qu'à tous niveaux et selon nos aptitudes, nos moyens et notre environnement, nous en portons tous la responsabilité.

J'aime cette idée que c'est l'indéfini qui nous fait progresser. Finalement, peut-être peut-on espérer voir notre éducation nationale se redresser et bien d'autres choses également. Parce qu'il y a sans nul doute des directeurs, des IGAEN, des IGEN, des recteurs, des IA, des IPR, des IEN, des chefs d'établissement, des profs, des parents, des élèves, des fonctionnaires, des policiers, des enseignants, des médecins, des élus, bref des Français qui méritent d'être considérés dans ce qu'ils font au quotidien et anonymement pour améliorer ce monde.

jeudi 6 juillet 2017

Veil 2017 ?

Faut-il rappeler qu'en son temps la loi sur l'IVG, défendue par Simone Veil, avait été considérée par celles et ceux qui souhaitaient l'autorisation de l'avortement comme une loi encore trop restrictive et très incomplète ? Nul doute que si les réseaux sociaux avaient existé, la bataille aurait été bien pire que le mariage pour tous et bien malin celui qui pourrait dire qui en serait sorti vainqueur tant on accorde de nos jours plus de crédit aux plus bruyants qu'aux plus nombreux.

Je ne doute pas un instant que le texte, tel qu'il fut en 1975, serait présenté aujourd'hui comme une trahison de la cause compte tenu de ses imperfections d'alors, car une cause identifiée de gauche portée par une personnalité de droite, fut-elle reconnue progressiste, est nécessairement suspecte. L'imperfection du texte aurait donc été traduite comme un abandon, un revirement, un reniement, une soumission aux grands démons du puritanisme et de l'intégrisme religieux. Survenant quelques mois seulement après l'élection et les quelques espoirs qu'avait suscité l'arrivée, certes en petit nombre, d'humanistes comme Simone Veil, les détracteurs se seraient déjà délectés en titrant avec ironie et non sans une certaine jouissance de pouvoir démontrer ainsi l'hypocrisie du gouvernement : "Loi sur l'IVG, le début de la chute". Je n'ose imaginer le déchaînement des réseaux sociaux s'ils avaient existé et le déferlement de mépris de la part de ceux qui aujourd'hui adulent le courage de Madame Veil.

"Plutôt rouge que mort" était le slogan de pacifistes lors du déploiement des missiles américains en RFA en réponse à l'installation des SS-20 de l'Union Soviétique. Un détournement du fameux « Lieber tot als rot » de Joseph Goebbels. Vision binaire, manichéenne, radicale, absolutiste qui veut qu'une chose ne soit acceptable que dans sa perfection. Négation de la complexité des choses et du monde, refus d'apprécier ce qui relève du progrès dans le souci de l'amélioration continue plutôt que de se désoler du verre à moitié vide. La fainéantise intellectuelle et son cortège de mauvaises fois assurent le confort de l'éternelle opposition.

Plutôt roseau que chêne, telle est la bienveillance : s'inscrire dans un mouvement qui veut que chaque pas qui va dans le bon sens, aussi petit soit-il, reste préférable à l'immobilisme. Reconnaître que ce qui n'est pas conclu aujourd'hui ne l'est peut-être pas par une motivation de défi, de mensonge, d'abandon, de trahison ou de soumission à des forces contraires mais au souci du "un tu l'as vaut mieux que deux tu l'auras". Ce qui non seulement n'interdit pas de poursuivre le combat pour réduire les carences mais l'encourage au contraire tant la marche sera moins haute à franchir. Certes, cela implique des négociations pour placer au plus tôt le curseur au meilleur du progrès et ce qui est acquis ne doit pas être un prétexte à un défaut d'exigence. Mais ne pas confondre l'urgent et l'important est le meilleur moyen de cibler les priorités. C'est cela que réclame une grande partie de nos concitoyens. L'abandon des procès d'intention et une opposition constructive qui ne veut pas dire absence de combat politique.

Au jeu de Go, la condition sans laquelle aucune victoire n'est possible, c'est le respect de l'adversaire. On ferait bien de s'en inspirer.

mercredi 21 juin 2017

De Saint Pierre à Ponce Pilate, la lâcheté citoyenne,

Il parait qu'il faut écouter le message super important et vachement grave qu'ont donné les électeurs en s'abstenant. Il parait qu'ils en ont marre, qu'ils n'ont plus confiance et que de toute façon, ils n'arrivaient pas à se décider parce qu'il n'y avait pas de choix intéressant. C'est-à-dire qu'avec en moyenne 15 à 16 candidats par circonscription, certaines allant jusqu'à 28, eh bien, il n'y avait pas le choix.

Franchement, victimiser tout le temps le citoyen, qu'on ferait mieux d'appeler consommateur, lui qui trouve normal pour ce qui le concerne de faire des fausses factures, de truander ses notes de frais, de faire travailler au noir, de ne pas payer de TVA, d'oublier quelques petites choses à déclarer, de mettre ses pieds sur les sièges dans les transports en commun, de ne pas respecter les règles de base de circulation mais qui a une exigence absolue de transparence et de probité s'agissant des autres... car n'oublions pas que dans la tricherie, la différence entre un élu et un citoyen est que le premier est un voyou tandis que le second est un rusé qui paye bien assez d'impôts comme ça et il est donc normal qu'il en récupère un peu... Franchement, disais-je, victimiser tout le temps le citoyen m'invite à sourire trois minutes et à reprendre deux fois des nouilles. Cessons de parler de politique, parlons plutôt du marché de la politique comme on parle du cours de la bourse et nous verrons que soudainement... tout s'éclaire... Chacun ne voit que son petit pré carré et se fout éperdument de l'intérêt général. Il pleure sur les conditions de travail en Chine, Inde, Turquie ou Tunisie qu'il ne va pour autant pas visiter quand il fait ses petits voyages de vacances desquels il revient en portant fièrement la contrefaçon d'un sac Vuitton marchandé à un esclave entre deux visites de temples ou d'églises. Sac qui va drôlement bien avec la robe ou le tee-shirt acheté 10 euros en France chez Zara, Mango, Tati ou Kiabi sans se préoccuper une seconde des conditions de sa fabrication. Et ce ne sont pas les plus pauvres qui ont cette attitude alors inutile de rétorquer que c'est une question de survie. Je rappelle que le seul restau qui a vu son chiffre d'affaire augmenter près de la place de la République durant la période Nuit Debout est le Mac Do. Tous les autres à l'inverse, on vu le leur s'effondrer. En outre, Il n'est qu'à voir les multiplications de lettres ouvertes au futur président de la République, puis au futur Premier ministre auxquelles on a eu droit durant les périodes électorales où chacun exposait son domaine d'activité comme s'il était la problématique essentielle de la nation. A les lire, il était assez clair que si ce qui était écrit n'était pas pris en considération à la lettre (c'est le cas de le dire), alors nécessairement, le futur président ou le futur Premier ministre n'était qu'un gros naze qui ne méritait pas sa place. 

Mais la consommation ne serait rien si la lâcheté n'en était la mère nourricière. Voter c'est choisir. C'est porter la responsabilité de l'élection d'un(e) candidat(e), c'est porter la responsabilité d'une voie politique avec tout ce que cela implique en termes de mesures quotidiennes traitant de la fiscalité, de l'économie, du social, de la santé, de la politique étrangère, de l'éducation, du logement, de la recherche, etc. C'est répondre à ses collègues, ses amis, sa famille, ses enfants, son entourage proche ou plus lointain qui se plaignent, dénoncent, critiquent, etc. Or, comme il est très à la mode de jeter le bébé avec l'eau du bain à la moindre insatisfaction et sans aucun discernement et qu'il est évidemment beaucoup plus facile de dénigrer ce qui est fait que de dire ce qu'il faudrait faire - en dehors bien sûr des vieux poncifs façon "y a qu'à faut qu'on" du genre "il faut arrêter la guerre", "il faut du travail pour tous" et "c'est pas bien les pauvres il faut que ça cesse" - il vaut bien mieux se placer du côté de ceux qui râlent. Au moins là, pas de risque. D'une part ce sont les plus nombreux et il vaut toujours mieux être du côté des plus nombreux et d'autre part, les arguments sont plus faciles à trouver ce qui est bien utile en cette ère "hanounesque" de fainéantise intellectuelle généralisée. Pour convaincre du bien fondé d'une politique, il faut expliquer les choses, tenir compte des tenants et des aboutissants, aborder la complexité, l'interdépendance, etc. Pour remettre en cause, pas besoin de tout cela, une phrase, un slogan suffisent. Bref, si on veut éviter d'avoir l'air con devant les copains qui ne manqueront pas de vous expliquer entre deux moqueries que franchement vous êtes une bille bien décevante d'avoir voté pour tel ou tel, mieux vaut s'abstenir sous le prétexte que les élus sont tous les mêmes, des gens qui ne pensent qu'à leur carrière, qui vivent dans un autre monde et que de toute façon la politique ne sert plus à rien. En somme, puisque les références religieuses sont à la mode, c'est soit Saint Pierre qui renie trois fois avant le chant du coq soit Ponce Pilate qui se lave les mains du sang du juste. Deux formes d'une même lâcheté. Il semble qu'avec l'abstention, la seconde l'ait emporté sur la première. Les scrutins sont clos, il restera à chacun, sous le masque de son pseudonyme, d'exprimer par messages anonymes sur les réseaux sociaux ses indignations, ses révoltes, ses oppositions, ses moqueries, ses insultes et autres dénigrements. 

Nous, population que je n'ose plus appeler peuple et pas encore populace, sommes les premiers grands guignols de cette mascarade qu'on appelle abusivement crise politique.